Mémoires d'un Renard, Tome III

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Cet écrit a été rédigé par Sergueitov, et se trouve sur l'ancienne Esperia, inaccessible pour le moment.

Collection Mémoires d'un Renard

Chapitre VIII

Adobe se repeuplait sûrement, nous venions de terminer l'îlot sur Savoir Ivre, en face du Flamboyant, qui permettait aux gens de peu de moyens de venir habiter dans notre beau quartier, c'était une stratégie qui nous permettait de fidéliser les habitants, car généralement, après avoir acheté un appartement au Savoir Ivre, ils finissaient par acheter aux thermes puis à la briqueterie.

Tout était parfaitement cadencé, et malgré les rumeurs sur une activité dans les égouts d'Adobe. Tout allait pour le mieux. D'ailleurs les partisans de dame Lindèn s'étaient fait une raison, certains s'étaient même rangés de notre côté, la période froide avait pris fin et nous étions en train de remanier lentement le gouvernement. La politique n'est pas toujours une affaire facile, c'est une histoire faîte de compromis. On ne peut pas satisfaire tout le monde, c'est impossible, car quand quelqu'un prend un avantage, quelqu'un le perd c'est presque mathématique. Les questions sont donc : Qui nous sera le plus utile des deux ? Qui ai-je intérêt à satisfaire ?

Nous étions tous impliqués dans la vie politique d'Esperia, c'était notre choix, car bien qu'à la base nous étions censés être des commerçants, des marchands, il y a un moment où il faut prendre le problème à la racine nous avons donc dévié quelque peu de nos objectifs pour pouvoir maîtriser les impondérables et avoir un peu plus de contrôle sur les choses qui se passaient, car quoi de plus frustrant que l'incertitude décisionnelle au-dessus de nous, il suffisait de peu pour bloquer un projet de notre maisonnée et nous n'avions pas besoin d'être bridés.

La période fut calme un long moment, il y eu bien une période ou des gens voulaient convoquer un nouveau Conseil restreint pour essayer de changer de reine, sauf qu'ils n'avaient sans doute pas lu le Volumen à ce sujet et que leur projet était mort dans l’œuf avant même de débuter.

En effet le souverain Moscaw avait bien joué son coup en rédigeant ce Volumen, il avait réussi à donner l'illusion que en apparence, on pouvait renverser le souverain facilement. Il suffisait de convoquer le conseil restreint et de faire appel à un nouveau vote, sauf que si on lit les conditions à réunir. Tout d'abord seul le Grand Intendant peut convoquer un conseil restreint, donc si jamais le Grand Intendant est loyal il n'en fera rien. Vous me direz qu'alors il suffit de deux votes d'intendants pour destituer le Grand Intendant, sauf que c'est le souverain qui nommerait le nouveau, et même dans le cas ou celui-ci accepte de le convoquer, le conseil restreint ne peut nommer un nouveau souverain que si le trône est vacant, si celui ci laisse sa place, ou meurt. Peu des personnes qui pensent aux complots savent utiliser les armes de leur adversaire contre eux, c'est ainsi.

La maisonnée se portait bien, il était temps d'avoir notre propre manoir, comme avant avec le manoir de Ser Ahrondor. Après avoir essayé en vain de racheter celui de Ser Moscaw avant son départ en voyage, nous avons décidé d'en construire un sur mesure, pour nous trois, inutile de vous dire qu'il allait se trouver à Adobe, et nul part ailleurs. J'ai construit des édifices majestueux dans ma carrière, j'espère en construire d'autres, et je dois avouer que je ne pourrais classer les trois premiers, mais je peux les nommer : L'Académie Dranna Lunargent au Quartier Ouest, le Manoir Écarlate et le Manoir Vermeil, mes plus beaux chef d'oeuvres sur Esperia. Le Manoir Vermeil était censé être mon dernier ouvrage avant ma retraite lente de mon activité, mais tout ne s'est pas passé comme prévu.

Chapitre IX

Nous redoutions ce moment, celui du déclin de la famille. Toutes les grandes familles ont une période de déclin, plus ou moins lente, avant la disparition de celle-ci.

Il suffit de regarder l'histoire d'Esperia, aucune n'a survécu du début, de sa fondation, il y a un moment des scissions, des divergences d'objectifs, que ça soit personnelle ou commune. Nous avions eu aussi une période similaire bien avant, alors que nous habitions encore à l'Espérance, avant la grande épidémie de la "Mort Rouge" qui frappa toute la ville. Nous avions fini par purgé la chose et nous sommes reparti sur de bonnes bases, c'est ce que nous croyons en tout cas.

Le fait est, réparer quelque chose est une bonne solution, mais c'est toujours temporaire, tout est temporaire, nos vies sont temporaires, c'est comme ça, et une fois qu'on l'accepte on peut avancer et se renouveler. Dans le cas de notre famille, nous avions recollé les morceaux une première fois, puis une deuxième fois, nous étions arrivés à des sommets que nous n'aurions jamais pu imaginer, cette famille avait été le tremplin que beaucoup n'ont jamais eu, car nous avons accordé une ascension sociale à chacun de nos membres, tout le monde a eu sa part. Mais une fois que chacun avait ce qu'il voulait, il y a de nouveaux objectifs qui viennent en ligne de compte, la vie est tellement imprévisible, vous avez beau être le meilleur des calculateur, tout prévoir en avance, il y aura toujours des imprévus qui viendront bouleverser vos plans pour l'avenir, que ça soit positif ou négatif.

C'était le début du déclin final de notre famille, nous l'avions prévu depuis le début, on s'est toujours dit que si un des fondateurs venait à manquer à l'appel à un moment ou à un autre, d'une façon ou d'une autre, nous dissoudrons Raev. Nous n'avons toujours eu que notre parole à donner pour avancer, nous mettions un point d'honneur à la respecter c'est ce que nous avons fait jusque la fin. J'ai toujours pensé qu'il valait mieux dissoudre Raev tant que l'image qu'on avait d'elle était bonne, plutôt qu'on se souvienne d'une famille faible, de pauvres charognards qui ne sont que l'ombre d'un passé glorieux, ce n'est pas l'héritage que nous voulions laisser dans la courte histoire d'Esperia.

Il ne manquait plus que l'élément déclencheur, la petite goutte d'eau qui fit s'écrouler l'édifice, nous pouvions bien sûr essayer de réparer à nouveau, comme avant, mais à quoi bon, il y a un moment où on sait quand c'est la fin d'une chose. Ainsi cette fois, au lieu de recoller les morceaux, nous avons réduit en poussières les morceaux.

Raev n'existait plus, pour de bon.

Chapitre X

Je disais en introduction que Raev n'était pas un échec, et je vais à présent justifier cette affirmation : Raev était un tremplin social et économique pour nous tous, mais pas que, nous avons tissé des liens qui je l'espère s'atténueront mais ne disparaîtront jamais, nous avons vécu bon nombre d'aventures, de complots, nous sommes passés sur le fil du rasoir un bon nombre de fois, vécu tant de peines et de joies.

Nous avons rencontré des alliés remarquables, connus des personnes vers qui nous ne serions jamais allés sans Raev. Pour moi cette famille était une vraie réussite du début à la fin, je regarde derrière moi et je vois tout l'héritage que nous laissons derrière nous, un Adobe resplendissant, flambant neuf, vivant, et prêt à accueillir la prochaine famille audacieuse d'Esperia.

Nous ne repartons pas les mains vides, nous nous sommes tous construit autour de cette famille, bien plus rapidement que si nous l'avions fait chacun de notre côté. La mission du renard est accomplie et je suis aujourd'hui fier d'avoir pu y participer, fier d'avoir rencontré ces personnes, qui m'en ont fait rencontré d'autres avec qui je partage ma vie à présent. Je garderai toujours les membres de notre utopie du renard en grande estime, et je n'oublierais jamais les liens qui autrefois nous avaient permis d'abattre n'importe quel obstacle.

Il y a bon nombre de choses que je n'ai pas mentionné et dont je parlerais peut être un peu plus tard quand certaines choses ne seront plus d'actualité, dans un autre ouvrage, plus tard si le temps me l'accorde.

Repose toi bien mon vieux renard, tu t'es bien battu.