L'Exil

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Cet écrit a été rédigé par Kelmazad, et se trouve sur l'Ancien Monde.

Ce journal est un petit carnet noir offert par Kemelvor à Kelmazad et que ce dernier utilisait pour noter tout ce qui lui passait par la tête. Dans "l'Exil", Kelmazad témoigne notamment de sa propre ascension au rang de Premier Consul de la cité et de ses réflexions face aux événements qui bousculent Esperia comme la guerre civile de décembre 512 ou plus tard la Nivôse Rouge.

Esperia (12 novembre 512)

Voilà, je suis mort. Personne en ville ne le sait encore à part Kemelvor et Mata. Je ne sais pas si la nouvelle se rependra vite, si certains se demanderont où je suis mais je m'en fous.
Hier, j'ai tout installé, mon petit lit de camp, mes affaires et j'ai jeté à la poubelle mes soucis et cette mascarade qu'est le titre de second consul. J'ai été un peu gêné en donnant ma lettre à Mata mais je n'ai pas le courage de continuer. Surtout avec un gouvernement comme celui là qui commence déjà a abusé de son pouvoir et à multiplier les erreurs.
Les Zeruas et les Raskans sont tout content d'avoir le pouvoir mais si ils continuent comme ça ils vont vite le perdre...

[gribouillage]

Bon, premier égarement... j'avais dit que je ne penserais plus de politique et me revoilà déjà à tergiverser dessus. PAS DE POLITIQUE! Suis je inquiet pour Mata? Surement un peu oui. Ces consuls le perdront.

Hélios s'habitue bien à l'obscurité, c'est un bon chien. J'ai eu un mal fou à le faire rentrer dans la grotte, il a beaucoup couiné toute la nuit mais il a fini par se calmer.
Je commence à perdre la notion de temps, je me suis réveillé pas fatigué c'est tout ce qui compte.
J'ai pris un deuxième livre vierge en plus de ce carnet. Est ce que je commencerais à écrire mes mémoires? Je n'ai plus personne en Esperia, plus personne qui ne m'attend et personne ne m'attend, mes amis sont morts et disparus, je devrais leur rendre hommage, perpétrer leur mémoire.

Liste des choses à faire:

  • Méditer
  • Tenir à jour le journal
  • Commencer mes mémoires
  • S'occuper d'Helios
  • Se ressourcer par le travail
  • petit dessin représentant le sceau de Kelmazad, un oeil et une pioche*

Esperia (12 novembre 512)

L'idée de faire par jour est mauvaise. Je vais plutôt faire par entrée comme ça pas d'obligations d'écriture.
Je suis retourné à l'endroit oú j'avais été salement blessé en compagnie d'Hélios. Il y a encore un peu de sang séché.
Je n'ai pas osé continuer dans l'obscurité, pas encore...
Si je me blesse, je serais seul, le matériel du dispensaire et mes maigres connaissances en médecine m'oblige à la prudence maximale. Je peux me recoudre en théorie mais je préfèrerais ne pas avoir a pratiqué.
Le silence des profondeurs est reposant. Je me suis installé pas loin d'un petit lac de lave pour la lumière.
Je pensais avoir tout prévu mais il me manque de l'eau potable. J'irais en chercher avec Hélios à la surface si je ne parviens pas à trouver de nappe phréatique.

Plan du chemin jusqu'à l'endroit ou j'ai été blessé.

[gribouillage d'un plan difficilement compréhensible]

Esperia (20 novembre 512)

J'ai encore trouvé une ancienne mine. Pourquoi personne en Esperia ne s’intéresse à leur existence?
Il y en a des multitudes et personne ne s'est jamais interrogé sur les présences? Esperia était elle peuplé par une antique civilisation bien avant l'arrivée des premiers colons?
A la réflexion, personne ne s'est posé la question parce que personne n'en connait l'existence. A part les mineurs, personne ne s'intéresse aux sous sols et ceux ci n'en parlent pas spécialement non plus.
Mineur, c'est le métier le moins valorisé de cette ville. On descend dans les entrailles de la terre entre la lave, les éboulements et les monstres pour extraire ce que la pierre a a nous offrir. Et le pire, c'est qu'en plus, on nous demande des prix ridicules par rapport au risque. Mineur est vraiment le métier le moins glorifiant du monde.
Et pourtant, je continue de creuser. Je fais pas ça pour l'argent même si il faut bien vivre. Au fond, creuser c'est le seul héritage qu'il me reste de mon père, c'est ce qui me rapproche le plus de lui.
Cela faisait longtemps que je n'avais pas repensé à mon passé, je n'en avais guère le temps. Je ne sais pas si c'est une bonne chose, j'ai suffisamment confiance en ma mémoire pour ne jamais me faire oublier le visage de tout les morts que j'ai connu.
Caroggia ne me manque pas, rien ne m'attend non plus à la Capitale et je ne suis plus chez moi à Esperia. Pour le moment ma maison c'est les profondeurs, et je suis son seul habitant doté de conscience (avec Hélios bien sur).

Hélios m’impressionne de jour en jour, il monte la garde dès que je m'endors et empêche les bestioles d'approcher, j'ai trouvé des restes de zombie l'autre jour. Du coup, je ne l'emmène plus avec moi quand je pars en exploration et le laisse se reposer.

D'ailleurs, j'ai trouvé un peu de diamant. Pas grand chose mais ça fait du bien de revoir cette douce couleur bleuté après autant de temps.

Esperia (21 novembre 512)

Premier problème aujourd'hui, j'ai du me recoudre. Heureusement j'avais réglé mon problème d'eau avant cela, les sources, c'est pas ce qui manque.
Saloperies de squelettes! J'avais pourtant bien éclairé l'endroit, il m'a salement éraflé le bras. J'ai fais comme dans les bouquins d'Ilesa pour désinfecter et j'étais bien content d'avoir une source de chaleur qu'est la lave pour tout cela.
J'ai nettoyé les bandes et les ai mis a sécher, je vais devoir les réutiliser, mes ressources ne sont pas illimités. J'ai pas utilisé les pommades du dispensaire, je ne suis même pas sur qu'elles aient leur utilité dans cette situation, j'en ai trop peu pour me permettre de gaspiller. C'est quand même le premier vol que je fais depuis que je suis sur Esperia. Je ne veux en aucun cas retrouver ma vie d’antan mais quand même... ça m'a fait bizarre de crocheter un serrure, ça m'a pris un peu de temps mais Mata n'a rien entendu.

Malgré cette blessure, je commence à amasser pas mal d'objets. Les mines abandonnés sont remplies de coffres. Y'a des morceaux de pain encore comestible même si je sais pas trop depuis combien de temps ils sont là. Faudra que les esperiens se penchent là dessus pour trouver la recette, ça serait plus pratique que de la viande séchée.

Trop d'araignées bleues, ces saletés sont partout, je comprend pas comment elles ont pu proliférer autant en si peu de temps. Je ne peux pas les éradiquer seul, il me faudrait des gardes armés de torches. J'espère que leur population ne vas pas continuer à augmenter sinon je vais devoir condamner de nombreux tunnels et donc, d'éventuelles ressources. Je devrais peut être arrêter de vagabonder dans les mines abandonnées et commencer à excaver... Je verrais, pour le moment, je dois me reposer.

Cela me permet de méditer et de repenser à mes actions. Je fais le vide comme Rose me l'a appris, ça m'aide à maintenir l'équilibre. Je commence déjà à être à court de ressource, il va falloir que je trouve un moyen de me ravitailler et vite. Je ne veux pas retourner en ville mais je crois bien que je ne vais pas avoir le choix. Je dépose une lettre chez Myyrh, lui demande mes commissions, elle les dépose à un endroit que j'aurai défini, je viens les prendre et je repars.

Esperia (21 novembre 512)

Entrée totalement inutile mais je dois absolument l'écrire.
Hélios est vraiment un animal intelligent, je vais profiter de ma blessure pour essayer de lui montrer des minerais et d'autres trucs utiles, il pourra peut être partir explorer les couloirs et en lui montrant ensuite différents objets me dire ce qu'il y a là bas, ça m'évitera de m'engager dans des couloirs sans issue et sans ressources.

[petit trait]

C'est plus difficile que je le croyais, ce chien ne comprend rien à ce que je veux de lui! Ce n'est qu'un animal mais il a failli bouffer un diamant cet idiot, l'idée de devoir fouiller ses merdes ne me tentait pas plus que ça. ça va être long avant qu'il soit réellement utile...

Esperia (22 novembre 512)

J'ai pris un gros risque. J'ai envoyé Hélios en ville. Cet idiot n'est pas prêt mais j'ai vraiment besoin de certains objets.
Il est capable d'aller voir n'importe qui, la première personne qu'il croisera, c'est un estomac sur pattes!
C'est silencieux quand Hélios n'est pas là, juste le gargouillis de la lave. J'entends pas de saloperies, c'est bon signe.

[Dessin de Rose de mémoire puis gribouillé] [Dessin de l'entrée de son repaire]

Toujours pas de retour d'Helios, si il est tombé sur quelqu'un qui l'a tabassé à mort ou si quelqu'un l'a amadouer avec de la viande et l'a enfermé? Cela fait plusieurs cycles qu'il est parti, j'ai bien fait de ne donner aucune indications ni de signer, je suis sur que ce chien se laisserait amadouer par le premier venu.

[Tâche d'encre du à un mouvement brusque]

Il est revenu! J'ai eu une chance odieuse pour qu'il retrouve Mata. Arbitrio est avec moi! Même si je suis prêt à parier qu'Hélios l'a trouvé par pur hasard. La réponse de Mata était brève, j'espère que ce n'est pas mauvais signe. En tout cas, il a pris le temps de mettre plein de choses dans la besace, même une couverture pour Hélios! J'ai voulu lui donner un morceau de viande pour le récompenser mais il n'en a pas voulu, Mata a du lui donner un truc à bouffer. Je pensais que cette expérience était voué à l'échec et pourtant! Mais je dois éviter de réitérer l'expérience, Hélios ne sera pas toujours aussi chanceux et puis je dois l'emmener en exploration avec moi.

J'ai repéré un bon endroit ou commencer à creuser à coté d'un lac de lave. Il va falloir que je fasse attention à une éventuelle coulée.

Esperia (24 novembre 512)

Et merde... Saloperie de zombie, il m'a filé un coup tellement violent qu'il m'a envoyé sur un creeper. La puissance de l'explosion m'a envoyé des débris a pleine vitesse. C'est ma deuxième blessure, je vais devoir être plus prudent, j'ai failli dire adieu à ma jambe pour toujours cette fois.
L'époque où mes duos Darion/Edwins et Mors/Eudoxie m'escortaient pour miner me manque un peu je dois dire, au moins je me sentais une sécurité, enfin... plus que quand je suis seul.

Il faut sérieusement que je réfléchisses à l'écriture de mes mémoires. Je continue les exercices de Rose et j'ai réussi à oublier Esperia, ce qui s'y passe ne m’intéresse guère. Fait plus étonnant, aucun esperien ne me manque. Serais je finalement un homme sans cœur pour que je ne regrettes personne de cette satané ville? Ai je vraiment été réellement proche de quelqu'un dans cette ville? A part Rose, je ne crois pas, personne ne sait qui je suis. Parce que ça n’intéresse personne et que je ne veux pas que ça intéresse quelqu'un. Ne pas me sentir proche des esperiens fait il de moi un être mauvais? Je me sentirais prêt à les guider si nécessaire mais écouter leurs doléances et leur petite vie comme le faisait Kemelvor... Quel horreur, je ne pourrais pas jouer ce jeu, je me fous de leur vie, qu'ils règlent leur problème tout seul!

En relisant ça, je me dis que ce texte est vraiment bizarre mais bon, c'est un journal, je l'ai fais pour y inscrire mes pensées, aussi cruelles et malsaines puissent t-elles être.

Esperia (25 novembre 512)

J'ai cette mélodie dans la tête. Une douce chanson venu de je ne sais où, elle m'apaise, me renvoie dans un passé lointain. Impossible de savoir à quoi elle se rattache, ma mémoire me fait défaut à ce niveau là, chose suffisamment rare pour avoir à le noter.
J'ai du mal à m'empêcher de penser à Mata, les deux semaines sont presque écoulées. J'espère que ces imbéciles de nobles ne réinvestiront pas le sénat sans autorisation gouvernementale comme la dernière fois... Leurs nobles demeures ne peuvent pas accueillir leurs réunions. Pourquoi aller dans un lieu aussi froid et aseptisée que le sénat? Le cerveau d'un noble fonctionne vraiment de manière bien étrange.
Si Mata est renversé, qui se présentera? Scholwitz? Guidrion? Fabhrus? Marcus? On court à la catastrophe... L'erreur de Mata aura été le choix de son gouvernement, s'assurer le soutien de ses proches n'est pas bon pour sa pérennité. Je dois avouer que je penserais qu'il aurait agit avec plus de discernements.

[barré d'un léger trait, presque hésitant, rendant le texte tout de même lisible.]

PAS DE POLITIQUE.

J'ai commencé un brouillon de mes mémoires, le magnifique livre noir acheté à Kemelvor n'attend que moi. Je dois trouver un nom mais je n'ai absolument aucune idée...

Titres possible:

  • Histoire d'un homme, de Carrogia à Esperia.
  • Chroniques d'une vie ordinaire, de Carrogia à Esperia.
  • Chroniques d'une vie ordinaire à l'aube de l'an 500.
  • Mémoires.
  • Mémoires d'ici et d'ailleurs.
  • Le livre noir d'une vie.
  • Souvenirs d'une vie de l'ancien et du nouveau monde.
  • Souvenirs d'un homme.

Aucun ne me plait réellement, surtout pas ceux avec "homme", je sais pas, y'a un truc qui me gêne, pourtant c'est ce que je suis mais j'aime pas.

Esperia (28 novembre 512)

J'ai creusé, beaucoup trop creusé...

J'ai exploré tellement de galeries, tué tellement de bestioles (et récupéré tellement de minerais accessoirement) que j'ai réussi à rejoindre la mine d'Elia depuis mon point de départ! En refaisant le chemin à la surface en sens inverse je me suis rendu compte de la distance parcouru.
Comment j'ai pu me taper tout ce chemin sans m'en rendre compte? En tout cas mes mains ne me disent pas merci, j'ai les paumes complètements brulés, j'ai utilisé une petite portion de pommade pris au dispensaire pour atténuer la douleur qui m'aurait empêcher d'écrire ces quelques lignes.

J'ai étripé beaucoup de zombies, je suis nu pour ma prochaine expédition, il faut que je trouve un moyen de me défendre... Hélios n'est pas fait pour le combat même si il tient les bêtes écartées.
Pour le moment je dois me reposer et compter encore une fois sur ma bonne étoile.

Encore une fois...

Esperia (28 novembre 512)

Un jour que Hélios est parti, je suis très inquiet.
Est il arrivé en ville? S'est il fait attaqué? Est il tombé sur une mauvaise personne?
La situation est grave, si il est arrivé quelque chose à Hélios, de graves problèmes vont se poser.
Non, je refuse de croire qu'il soit mort, c'est impossible, bien trop intelligent pour ça.
Je dois néanmoins penser à des solutions de replie dans l'éventualité ou Hélios est parvenu à destination.

J'espère que son premier contact sera le bon. J'ai l'impression qu'il a encore du mal à ce niveau là. J'espère que mon contact pourra répondre à mes attentes.
J'ai également demandé des nouvelles d'Esperia, j'ai pas pu m'en empêcher.

Merde, deux zombies sont passés, j'ai oublié qu'Hélios n'était pas là pour monter la garde! J'arrête l'écriture tant que ce chien n'est pas de retour. En espérant qu'il ne tarde pas trop.

Esperia (29 novembre 512)

Deux jours! Il aura fallu deux jours à ce putain de clébard pour revenir! On l'a encore nourri grassement, il a pas touché à sa récompense! Et il est dégueulasse! Plein de boue! Si je tenais l'abruti qui a fait ça!
Hélios pête la forme, il est insupportable, j'essayais de faire tout pour qu'il reste calme mais deux jours à l'extérieur on suffit à réduire mon travail à néant, je suis vraiment pas fait pour le dressage de chien.

Dans tout les cas, Arbitrio est vraiment de mon côté sur ce coup là! Ce que j'avais demandé, une lettre de Myyrh, un pack de soins préparés par Dranna, un peu de nourriture, de quoi tenir encore un bon bout de temps! Je savais bien que trimballer ce petit placard serait fatiguant mais pas inutile, j'y ai rangé tout les médicaments et objets de soins. Dranna doit savoir que j'ai volé le dispensaire (avec cette putain d'affiche). Et pourtant, elle a accepté de m'aider, peut être que la prochaine fois, j’essaierais de ne pas la faire fuir en parlant trop crument.
J'ai même des bandages! Les miens commençaient à avoir un drôle de couleur!
La lettre de Myyrh m'a laissé perplexe, Rivelame semble être en difficulté. Qu'Eraclys et les siens se cantonnent à ce qu'ils savent faire le mieux, taper, hurler et re-taper. Lui à la tête de Rivelame, ça sera pas une partie de plaisir. Et Scholwitz qui paye les amendes des Antracides? ça, ça augure tout sauf du bon. Kemelvor m'a toujours dit de me méfier de Scholwitz, ça n'a jamais été aussi vrai que maintenant.
Dois je agir? Essayer de faire quelque chose? Je ne sais pas, je dois méditer là dessus. Je m'étais juré de ne pas me mêler des affaires espériennes. Peut être bien que...

On m'a également transmis un avis de recherche à mon nom... J'ai eu beaucoup de mal à retrouver mon calme après l'avoir lu... J'ai mis plusieurs minutes avant de retrouver l'équilibre.
J'écris ces lignes, la main encore tremblante de rage. Thémis, capitaine de merde... On m'accuse de but en blanc! Sans même essayer dans le discours de paraitre partial et en faisant de moi le coupable direct! Par Arbitrio quelle connerie!!! Qu'est que j'ai à foutre de voler l'école, je gagne assez bien ma vie pour pas avoir à voler qui que ce soit! Est ce qu'il y a un seul garde dans cette ville qui a fait son travail d'enquêteur avant de m'accuser sans aucune preuves?! Je n'ai le droit à aucune présomption d'innocence dans cet avis de recherche, c'est n'importe quoi...
Moi qui ai œuvré pour Esperia, elle est capable de m'accuser de manière aussi direct? Une preuve d'un de mes doutes cités précédemment, Esperia me rejette, ce n'est plus ma ville. Et pourtant...

Quoiqu'il en soit, cette affiche, ça me rappelle bien des souvenirs... La Capitale. Ma tête était mise à prix, certes pour une somme misérable mais tout de même! J'avais été affiché dans le repaire aux côtés de mes frères. C'était un honneur qui ne pouvait pas durer hélas... Au moins à cette époque, on était sur que j'étais coupable avant de m'accuser et de me rechercher... La garde d'Esperia... Un jour je suis sur qu'elle arrivera à faire quelque chose de ses mains.

Aucune nouvelle concernant Mata, j'espère que tout se passe bien pour lui et que son gouvernement ne lui apporte pas trop de plomb dans l'aile.

Hier... Je suis tombé par hasard sur l'endroit que j'avais exploré avec Darion et Edwins. Je m'en souviens encore, notre première expédition... Ils étaient là, devant moi, balayant les toiles et tranchant ces araignées bleues. J'avais l'impression de les voir devant moi en train de me dire "Allez, bouge toi Kelma, y'a du fer par là bas". J'ai tout de suite reconnu le couloir même si cette expédition remonte à plusieurs mois et quand j'ai vu Darion et Edwins en train de m'ouvrir la voie, j'ai laissé tomber ma pioche, je me suis effondré, ils me manquent. [des gouttes ont effacées des lettres par endroit]

Pourquoi leurs morts me marque t-elles plus que d'autres? Elles ne sont qu'un éternel recommencement dans ma vie, mes frères meurt, c'est inévitable... Je vis peut être isolé à Esperia mais au moins, je suis sur que personne d'autre n'en mourra, c'est la seule solution pour mettre fin à cette danse macabre.

Je suis fatigué de tout ça. Hélios va pouvoir monter la garde et moi me reposer. Les brouillons du début de mes mémoires sont presque terminés. Je n'ai toujours pas de titre, je ne pense pas lui en donner tout compte fait. Celui qui le lira lui donnera le nom qu'il voudra.

J'ai pris un très gros risque. Je ne peux pas en parler. J'espère seulement que personne ne m'a vu.

Esperia (1er décembre 512)

J'ai attaché Hélios avec la laisse qu'il avait au coup quand il est revenu. Vu la gueule de la laisse, elle a surement était faite par Halter. J'espère qu'il travaille bien avec Menako. Je regrette un peu de n'avoir jamais eu plus de temps pour m'occuper correctement de lui et Halter, je ne suis pas fait pour avoir des esclaves, les pauvres devaient être bien désœuvrés. J'espère que tout ce passe bien pour eux et que Mata les aident comme il peut.

J'ai fais quelque chose de dangereux l'autre jour... Je suis allé jusque chez Myyrh. J'espère que cela n'aura pas été vain. Je me suis caché dans la carrière de grès pendant la nuit avant de repartir. Je crois que personne ne m'a vu.

Hélios me rend fout, il arrête pas de hurler, j'ai envie de l’assommer. Il a prit l'habitude du grand air, je peux pas lui en vouloir.

Hier, j'ai vu une faille immense et un lac de lave comme je n'en ai jamais vu. Je vais m'entraîner un peu à l'escalade, cela fait trop longtemps que je n'ai plus grimpé. Je vais m'entrainer dans un endroit sécurisé avant de partir à l'assaut de la faille. Vu sa taille, j'en ai au moins pour 3 ou 4 jours, cela risque d'être difficile, j'appréhende un peu surtout si je ne trouve aucune ressources derrière cette étendue.

Je dois prendre mon carnet pour faire des croquis de l'endroit, je n'ai jamais vu une caverne naturelle de cette taille et cette beauté, chutes d'eau et de laves, halls immenses, on pourrait y construire une ville souterraine tant le plafond y est haut.

Esperia (8 décembre 512)

Magnifique, ce n'est pas une faille mais trois failles que j'ai exploré!
J'ai jamais rien vu d'aussi grand et tout cet or! Même si personne n'achète d'or à Esperia, je me sens obligé d'en récupérer le plus possible.
Si Arbitrio a vraiment modelé ce monde, il l'a fait d'une très belle façon. L'endroit reste très dangereux et difficile d'accès, mieux vaut ne pas avoir peur du vide. J'ai mis deux heures pour faire cinq mètres, l'endroit est instable par moment et le moindre faut pas équivaut à une très longue chute qui se finira dans un lac de lave. Ces abrutis de monstres se jettent dans le vide pour essayer de m'atteindre, que leur mort soit lente et douloureuse. Malheureusement c'est plus une mort rapide et violente. J'ai même vu un zombie s'éclater la gueule tellement fort sur le sol qu'il n'y avait plus rien ressemblant de près ou de loin à un reste humanoïde. Heureusement, j'étais suffisamment haut pour échapper à l'odeur pestilentielle que devait dégager le cadavre.

Hélios a le vertige, bon à savoir pour le faire taire.

Je commence à avoir de la barbe et mes cheveux ont poussés, pas vraiment dans une situation optimale pour m'en occuper. Et puis de toute façon, pourquoi faire?

Il faut que je continue, je n'ai traversé que la première faille. A gauche ou à droite?

Esperia (13 décembre 512)

Voilà, j'ai beaucoup miné dans la zone, je ne pense pas que le reste soit vraiment intéressant à explorer. Avant de quitter définitivement cette caverne merveilleuse, j'ai pris le temps de m'installer pour essayer de dessiner l'endroit.

[dessin de failles connectées]

Deux zombies m'observaient pendant toute la durée du croquis. J'ai mis des heures à faire ce truc! Au charbon dans l'obscurité, c'était pas évident!
Fini le minage, de toute façon j'ai plus de pioche.
Enfin, c'est ce que je croyais, en me baladant, j'ai trouvé un coffre avec un nécessaire de minage. Un signe d'Arbitrio pour m'inciter à miner encore un peu? Pour me faire comprendre que c'est bientôt terminé.

Esperia (14 décembre 512)

Des explosions à Esperia. Je les entends même en sous sol. Qu'est ce qu'il se passe par Arbitrio. Il y a la guerre? Peu m'importe *la main est tremblante* je ne dois pas intervenir.
Qu'ils règlent leurs problèmes seuls. Finalement, le seul moyen qu'ils auront trouvés est un règlement de compte guerrier.
J'ai entendu une explosion près du bateau échoué après le phare. Après plusieurs heures, personne. Mais des traces, il y a eu des combats... du sang...

[grosse tâche d'encre comme si le livre avait été jeté]

NON! Je ne suis pas prêt... Je ne peux pas! Je ne veux voir aucun espérien mort mais je ne tiens pas particulièrement à ce que l'un d'entre eux soit vivant. Leur sort ne m'importe pas. Qu'ils s'étripent, un jour ils comprendront. En attendant... je dois... rester ici. Au calme et penser.

Esperia (17 décembre 512)

Je suis... fatigué.
J'ai beaucoup miné. Je n'ai plus de pioches n'y d'épées. Je me suis recousu et réparé un nombre incalculables de fois, je n'ai plus rien pour me soigner. Pommades terminés, bandages complètement usés. J'ai mal à la jambe, j'ai du me déboité quelque chose en sautant pour échapper au squelette hier. J'ai surestimé mon corps.

Mon corps... brulé, abimé, charcuté. Mes soins basiques n'ont pas arranger les choses, je m'attend à tout désormais.

La lumière du jour, elle me manque, ça va bien faire deux semaines que je ne suis pas sorti.
Est ce que je veux vraiment partir? Je suis usé, rester ici ne servirait à rien. Mais je n'ai pas envie de revenir à Esperia. Mais mon corps ne tient plus, vu le froid qui règne sous terre, on doit être en pleine Nivose. La lave, elle seule me maintient au chaud. Même Hélios vit mal ces températures extrêmes. Même en mangeant à sa faim j'ai l'impression qu'il ne va pas bien.

Je me laisse le temps de réfléchir encore un peu.
Revenir? Les secousses de l'autre jour et leur bruit sourd m'incite à revenir, l'état de mon corps m'incite à revenir mais je n'en ai pas envie. Pourquoi? pourquoi? pourquoi? Esperia me dégoute elle à ce point?

Esperia (22 décembre 512)

J'ai un sourire idiot alors que j'écris ces lignes. Pourquoi? Parce que le titre que j'avais donné à mon journal tient toujours malgré que je sois rentré en ville. Je suis toujours en exil.

Esperia est morte, les rues désertent et la place centrale vide. Quelques personnes colmatent le rafiot qui prend l'eau mais pour combien de temps.

Dranna et le vieux Frae veulent me convaincre que je peux sauver cette ville. Je n'y crois pas, il y a des gens autrement plus qualifié qu'un cadavre ambulant de 22 ans. Le vieux Frae m'a dit que j'étais égoïste, que je ne pensais qu'à moi. Au fond il a peut être raison. Espérer vivre la fin de ma vie tranquille me serais donc interdit.

J'ai revu Louis et Kemelvor et j'ai été incapable de leur dire quoique ce soit. Kemelvor, mon propre frère qui se tient devant moi et s'en va, voyant que je ne dis rien... Je n'ai rien su et pu lui dire, et il est parti.
Je me cache de Tenzo quand il arrive, je mens à Luka sur mon identité.

Pourquoi? Je pense avoir un élément de réponse. Il y a une part de dégoût. Esperia qui s'étripe comme des chiens... Ça me désespère, aucun salut pour cette ville et ses habitants.

Et l'autre... C'est la douleur... Cette douleur qui me ronge continuellement. Ça va au delà des blessures superficielles de minage.
Des années à survivre dans les bas fonds de la Capitale, la prison, l'esclavage, le minage...
Mon corps est... usé. Mes muscles me font souffrir et mes os me lapident... Un esprit en perdition dans un corps presque mort.

Quand la douleur est trop intense, il me reste les vieilles potions que Rose m'avait fait, ça m'apaise.. Mais leur stock n'est pas infini et tôt, je serais en manque. Je dois en garder une. Un jour, une personne de confiance pourra me le synthétiser.

La douleur est parfois tel que je perds connaissance.
Je suis un égoïste oui. Je ne penses qu'à ma douleur. Et cette ville_______ [encre renversée sur le reste de la page]

Esperia (26 décembre 512)

Je continue de me cacher d'une partie des esperiens. Pour certains je suis un clochard qui vagabonde, pour d'autres un habitant arrivé la semaine dernière vivant dans des conditions misérables, pour d'autres encore Hadred l'écrivain.

Qu'est ce qui m'a pris d'utiliser le nom de mon grand père. Est un déshonneur pour lui que j'utilise son nom de cette façon?

Hier je suis allé mendier un calmant à Dranna, je ne voulais pas m'évanouir en pleine rue, je l'ai supplié comme un camé de Lig Ocolide supplie pour sa poudre rouge.
Quand je suis allé chercher mes lanternes chez Maestik l'autre jour... Incapable de les porter... Je suis devenu faible, poussé le coffre l'autre jour a été la pire des épreuves, je deviens de plus en plus impotent.

Je me balade en ville à la recherche d'inspiration, les gens m'ignorent et c'est tant mieux. Mais je bloque, je ne parviens pas à avancer dans la narration. Allez à la bibliothèque ne m'a pas aidé. Je suis bloqué... Je vais continuer mes balades en ville jusqu'à ce que je trouve la solution, mais avant je dois reprendre de l'anti-douleur. Je compte maintenant goutte par goutte mes doses. Je n'ai plus le choix, sinon ça va mal finir...

Esperia (28 décembre 512)

Ces derniers jours ont été bien remplis. Par oú commencer?

Le moins important. La progéniture de Myyrh est né. Qu'Arbitrio me donne la force de ne pas encaster sa tête dans un mur... Je hais les enfants, c'est plus fort que moi, je ne peux pas, j'arrive pas à comprendre ses machins.

J'ai croisé Mordred, sous ma véritable identité cette fois. L'homme n'a pas eu l'air de prendre mon mensonge pour un affront. Je ne suis pas sur de ses intentions mais pour le moment il sert la ville et ça me suffit. Il a fait déblayé le port, rien que ça... Il a des airs de roi sans couronne mais nous verrons bien comment tourne les choses.
En plus il a l'air de ne pas très bien s'entendre avec Guidrion, ça nous fait un point commun.

Cet Adaarion... Jamais il me foutra la paix. Hier il est venu me voir avec ses grands airs de prophète me dire qu'il m'avait prévenu, que c'est de ma faute si il y avait eu une guerre civile, bref son refrain habituel de moralisateur à la noix.
J'ai préféré jouer la carte de l'apaisement et ne pas lui dire ce que je pensais puisque comme l'a si justement dit Mordred, "Guidrion, l'homme qui s'écoute parler mais n'écoute pas les autres."
Je vais néanmoins écrire ma pensée ici comme si je lui parlais sinon je vais exploser.

Cher grand maitre prophète, sage de notre monde et du suivant,
Encore une fois, votre supériorité évidente sur nous autres, pauvres mortels ignares, n'a pas réussi à vous faire comprendre que votre façon de penser peut certes avoir l'adhésion de certains esperiens mais ne fait en aucun cas cette vision la leur. Vous avez une vision décalée de ce qu'il s'est passé et de ce qui se passe. Vous êtes déconnecté de la réalité esperienne et faute de vouloir la comprendre, vous préférez l'utiliser pour servir votre argumentaire, parfois complètement décalé. Avant de lire vos dépêches, prenez le temps de savoir ce qui se passe dans cette ville.

Par Arbitrio, ça fait du bien. J'aurais explosé sinon... Néanmoins, je dois avoir ma part de responsabilité dans ce massacre. Mais aurais je été en mesure de l'arrêter? Je ne crois pas. Et je pense que l'implication du système politique est plus que minime. Ils voulaient vengeance, et ce système ou un autre ne les auraient pas empêcher de sortir leurs épées de leur fourreau, soyons réaliste.

Enfin le plus important... Kem est parti. Il m'a proposé de le suivre dans l'Ancien Monde mais ma place est ici. Et il m'a sauvé pour la dernière fois, en me faisant le plus beau cadeau d'adieu qu'il aurait pu me faire, un discours magnifique.
Ma fuite est terminé. Kemelvor m'a confié une mission, mon frère de coeur m'a dit tout ce que je devais entendre et savoir. Tout au long de ma vie d'esperien, il aura été mon guide, le seul a supporté et comprendre mes humeurs massacrantes, mes colères, mes frustrations et m'a toujours soutenu. Je sens que tout va être plus dur sans lui mais je n'ai pas le droit de le décevoir.
Il m'a donné de l'argent en m'ordonnant de me débarrasser de cette douleur. Je ne sais pas si je me sens prêt à faite ce qu'il me demande... Nous verrons.
Son départ va créer un énorme vide. Myyrh a son gosse, je ne vais plus la voir souvent, je suis désespéramment seul dans cette ville et pourtant je suis serein. Kem m'a dit que je n'avais aucune estime de moi même, il a surement raison, mais je dois changer.
Je me souviendrais toujours de ses dernières paroles et je pense en faire la maxime de ma famille et de mon nom [les deux mots suivant sont tellement rayé qu'ils sont absolument invisible].

"Faire de son passé son avenir"

J'aime cette formule. Elle est simple et en même temps... Ton ultime héritage à ma petite personne seigneur Kemelvor Kemaltar.

Quoiqu'il en soit, je suis prêt. Je fourmille d'idées que j'aimerais mettre en place, des choses à moderniser, d'autres à réformer.
L'exil est terminé! Merci pour tout Kem, tu es le seul qui me comprend en ce monde avec Rose et qui est encore vivant pour s'en souvenir.

Ps: mes mémoires avancent bien. J'ai buté sur plusieurs formulations mais avec un peu de concentration et des balades en ville, on trouve tout. Je me demandais si des illustrations étaient possible pour mon ouvrage... Je vais devoir me trouver un artiste compétent. Faire le mécène peut être?

Esperia (5 janvier 513)

Dranna est une femme merveilleuse. Aussi jeune et déjà pleine de bienveillance. Elle me fait penser à Ilesa du temps ou j'étais esclave.
Elle contraste avec l'autre conasse rousse qui a toujours l'air d'avoir des problèmes avec la garde. Je l'ai croisé une fois dans le sénat et elle s'est enfuie. Complètement irrécupérable... Pauvre femme.

Quoiqu'il en soit, Dranna a été efficace, j'ai bien fait de lui faire confiance. J'ai eu quelques problèmes de dosage mais c'est bon. J'ai attendu que personne ne me voit et je suis allé courir dans la forêt, c'est merveilleux. Par contre mon corps était courbaturé et endolori.
NON, je ne ferais pas ce que m'a dit Kem. Impossible... Je ne peux pas... Impossible... C'est au dessus de mes forces. Je préfère retarder l'échéance par tout les moyens possibles plutôt que ça.

J'ai aidé des esclaves en leur donnant des pommes. Deux hommes et deux femmes. Ils ont l'air prometteur et relativement calme, un bon avenir pour Esperia si on leur tend la main. J'ai confiance aux familles pour cela.

Les gens continuent de m'appeler seigneur ou sire. Comment dois je dire que je n'ai pas ce titre pour me faire comprendre? Je ne fais pas partie de cette strate et je n'en veux pas.

Myyrh est introuvable. L'éloignement a déjà commencé, tant pis.
J'ai rediscuté avec Fabhrus, ça faisait tellement longtemps. Il prévoit lui aussi de repartir sur le continent. Je reste enchainé à Esperia jusqu'à mort, en les regardant tous rejoindre la terre de leurs ancêtres.

En parlant de ça, j'ai beaucoup avancé dans mes mémoires, plus que je ne l'esperais. L'autre jour une esclave avec un cache oeil a essayer de lire. Elle m'a dit qu'elle savait pas lire mais méfiance. Même si elle à l'air d'être totalement inculte pour avoir entendu son vocabulaire.
Elle avait l'air triste et je n'ai même pas essayer de l'aider. Est ce que ça fait de moi quelqu'un sans coeur. Le fait que ce soit une femme et une esclave n'a soulevé chez moi aucune compassion particulière. Avait elle seulement besoin de parler ou essaie je de me donner bonne conscience.

Esperia (9 janvier 513)

Je ne pensais pas que j'aurais le temps de réécrire ici.

Tout se met en place petit à petit. La garde retrouve sa stabilité. Notre projet avec Dranna avance.
J'espère que je n'ai pas fait d'erreur en confiant la culture à Myyrh. En aura t-elle le temps? Je l'espère... On en a vraiment besoin, Esperia en a vraiment besoin.

Mon poste m'a fait passé par beaucoup de stades en très peu de temps. Calme avec les perspectives de paix dans la garde, anxieux avec les négociations pour le port, en colère avec le bucher de Mordred, compatissant avec Baldeaur. Au final, j'ai tenu le premier choc. Mais je consomme mes doses deux fois plus vite, j'espère que Dranna suivra le rythme. Je pense que Baldeaur a compris mon petit problème de santé si il est aussi vif d'esprit que je le penses.

Will... Brulé par Mordred pour ses activités occultes. Sa haine des écumeurs a atteint son paroxysme. Il faudra veiller à ce qu'il ne prévoit pas un génocide dans mon dos comme il avait prévu de faire cramer Will. Pour moi, Will est mort il y a quelques mois déjà. Je n'ai pas eu le temps de m'attrister sur son sort. J'ai rencontré son amie, une jeune fille aux yeux bleus. Elle a voulu me rendre Wilson. C'est des souvenirs cette pierre. Je sais pas si William lui a raconté en détails son histoire quand elle est venu me voir en me proposant de la récupérer.
J'ai hésité mais finalement... Je ne reprends pas mes cadeaux, Wilson est mieux avec elle. Et pourtant avoir revu, ne serais ce que 20 secondes, ce bout de lapis m'a laissé une étrange sensation. J'espère qu'elle ne suivra pas le même chemin que Will.
Le capitaine prend la mer. Et pour de vrai cette fois. D'ailleurs qui a son testament? Qui s'occupe de ses funérailles surtout?

L'autre esclave est morte. Mais même de l'autre côté, elle continue de semer la zizanie. J'ai rarement vu une chieuse pareille. Même sans jamais lui avoir parlé, elle me semble être une personne absolument détestable, manipulatrice. Mais je dois quand même lui reconnaitre le mérite de savoir exploité les failles.
Baldeaur mettra du temps à se remettre de sa mort. J'ai l'impression de me voir quand...
Là n'est pas ma question. Cela ne l'empêche pas de travailler, j'en suis heureux.

Un esclave m'a appelé "seigneur", ça devient de pire en pire... Pas de sire, pas de seigneur bordel de merde. Je ne suis pas un noble ni un tête couronnée!
Je n'avance plus dans mes mémoires, je suis allé à la bibliothèque pour faire quelques recherches l'autre jour avec l'esclave pirate pas écumeuse et inculte. Faudrait peut être que je lui demande son nom un jour d'ailleurs. Et à celui qui m'a appelé seigneur aussi.

Esperia (12 janvier 513)

Je n'ai rien à dire et pourtant j'ai envie d'écrire. De quoi? Pourquoi? Je n'en sais rien. Tout me paraît tellement lointain, ils m'appelle Sire, Messer, se courbent à mon passage, me mette sur un piédestal.
Je suis en hauteur sur ce piédestal, je les observe, je veille. Mais au final, je suis seul au sommet de cette montagne, on m'y a installé comme une sorte de statue bienveillante et l'on vient se recueillir devant cet idole que je suis comme le ferait un marin auprès d'Arbitrio avant de partir en mer.
Seul au sommet de la montagne, dans un froid glacial. Quelques autres pics parsèment le plus haut sommet où mon corps et mon esprit gèle peu à peu. Certains esperiens s'arrêteront à l'un de ces quatre pics. Rare sont ceux qui continueront jusqu'au sommet et finalement en redescendra assez vite.

Quelle métaphore à la con! C'est vraiment moi qui est écrit ça? Par Arbitrio...
Kemelvor, Rose, leur présence me manque, ils me comprenaient, ils savaient, ils me connaissaient.
La ville retrouve sa stabilité, j'attends toujours le rapport de Baldeaur. Les plans avec Dranna sont bientôt fini. Myyrh a trouvé un libraire. Et Lothy... J'ai eu peur en le nommant consul mais il est admirable. Ce vieux bouge dans tout les sens, il s'arrête juste pour manger.

Beaucoup de gens semblent trainer au sans fond ces derniers temps... Cet endroit... est pourri jusqu'à la moelle, il corrompt les gens. Est ce une bonne idée de laisser des personnes s'y installer?

J'aimerais continuer à écrire mais rien ne me vient à l'esprit. Ma vie se résume en ce moment à la gestion d'Esperia. Toutes les conversations que j'ai vont dans cette direction. Rien de bien palpitant qui mérite d'être conter dans ses lignes. Alors à quoi bon m'obstiner à vouloir remplir ce carnet? Ne devrais-je pas plutôt continuer mes mémoires? Elle réveille beaucoup de souvenirs, certains douloureux, d'autres parmi les plus heureux de ma vie. Autant ne pas m'infliger cette peine et y aller étape par étape, tout doucement. Après tout j'ai le temps. Oui... J'ai encore le temps...

Esperia (13 janvier 513)

Donner la ville en pature aux dirigeants caroggians.
Mener la ville à un massacre certains par la Légion royale.

Voilà mes options. Celle que Mordred me propose. Autant le dire tout de suite, aucune n'est valable.
Esperia se battra, je sais que ces habitants résisteront jusqu'à la mort. Je vais refuser son contrat ridicule. Esperia me rendra fier comme un père lorsqu'elle défendra sa vie et sa liberté contre la légion.
Puisses Arbitrio nous venir en aide, Esperia, rend moi fier. Mordred me regarde depuis dehors alors que je suis à la fenêtre, il vient de rentrer en courant dans le bâtiment, que se passe t-il?

Esperia (14 janvier 513)

Mordred... Le cercle... ça n'augure rien de bon. Il ne restera pas sur une défaite. Surveiller les arrivées en Esperia, esclaves louches. Baldeaur mis au courant.
Mal à la main, difficile d'écrire, pas encore bien refermé.
Bien fait de jeter corps de 214 à mer. Comprend pas fascination macabre de certains esperiens avec les corps. Doit les empêcher de faire joujou avec les morts. Divertissement malsain, ville de fous dirigé par un fou? Même si je l'ai dit à 214, limite dépassée.
Tenzo savait, je savais, pas pu l'aider, ma mémoire me joue des tours? J'ai voulu oublié mais on échappe pas au cercle, jamais.

Guidrion très marrant. Je discutais avec Davos et il a pris ce que disais Davos pour lui. Pour qui il se prend? Il se croit habilité à lire des documents confidentiels? Trop sur de son rôle d'Abbus lui. Trop fatigué pour lui rire au visage. Jamais vu quelqu'un s'incruster dans une conversation entre deux personnes d'une telle manière. Très marrant.

Thémis, il me hait vraiment. Il me l'a dit. Qu'importe. Cette haine, eu la même a une époque. Ai l'impression qu'il me reproche beaucoup de maux. Tous pas forcément de ma cause. Besoin surement figure physique pour reporter haine frustration. Passera.

Le cercle, obsession, sommeil difficile. Personne ne sait, personne ne doit savoir. Protection d'Esperia avant tout. Vivre ignorant, c'est vivre heureux.

Esperia (16 janvier 513)

La cour martiale approche.
Suis un peu inquiet quand à son issu. Espère que Baldeaur Davos sauront apaisés les esprits et réunir malgré les différents, c'est nécessaire, impératif.
Réserve de potion presque fini, s'épuise trop vite, espère que Dranna pourra continuer.
Travail de mémoire intense, vieux souvenirs remontent, s'éclairent.
Les étoiles sont belles ce soir, comme rarement en Esperia, me rappelle cette soirée au dispensaire avec Rose, allongés dans l'herbe à regarder le ciel pendant des cycles, à discuter. Pour finalement en arriver là où nous savions tout les deux pertinemment aller. Jours heureux, jours sans solitude ni isolement. Si loin, si loin...

Barboto m'a interrompu dans ma rêverie, bon garde. Tellement de bons éléments à la garde, le muet dont je ne parviens pas à prononcer le nom aussi, le grand homme du Sans-Fond et Thémis aussi. Il avait besoin de revenir aux fondamentaux de la garde, j'en suis convaincu. Redevenir un homme de terrain, quitter son bureau.

Suis allé me recueillir devant la stèle de Darion puis la tombe d'Edwins. Mordred, il était instable, comme eux. Et pourtant, il était comme eux; l'équilibre, celui dont Esperia a désespérément besoin comme l'a été Eraclys. Esperia échappe encore et toujours à l'équilibre. Le Charcutier est là, quelque part, en ville, il attend son heure, le moment propice. Était ce vraiment un bon choix Ed'? Qui sait? Un jour il se montrera et la ville se rappellera de ce titre.

Hélios content de m'accompagner sur la tombe de mes camarades. De sortir tout simplement. Vu le tombe d'Eudoxie à coté de celle d'Edwins. Pauvre femme, bien lointaine l'époque où elle m'escortait dans les entrailles de la terre.

Souvenirs, souvenirs quand tu nous tient! Les étoiles sont belles en ce moment, le vent de la Nivôse chasse les nuages et laisse place à cette fresque naturelle. Souvenirs de nuits étoilées.

Esperia (23 janvier 513)

Rose est revenue...

Je parlais avec Sheolh puis après cela, je me mis à sortir mon livre, toujours assis sur ce même banc et je l'ai vu passé. Elle s'est plantée là, à 5 mètres devant moi. Un mirage, une cruelle illusion créer par le chagrin et la solitude. Mais cette illusion était trop réelle, et ma conscience me dictait de lui parler.

C'était elle, la même, toujours aussi nonchalante. Comme si elle voulait me donner l'impression que l'on s'était séparé la veille. Que la guerre civile, Kemelvor, la mort de Mikamus et Arn, Darion, Edwins n'était qu'un mauvais souvenir. L'existence même du sans fond! Par Arbitrio! Tellement de temps... Rose, elle est vraiment de retour.

Nos retrouvailles se sont passés comme je l'ai imaginé, bizarre. Mais qu'importe, Rose est là. Pour la première fois depuis longtemps, la douleur a disparu, enfin, elle est occultée...

Rose est revenue...

Esperia (28 janvier 513)

Des cauchemars... Beaucoup de cauchemars... Vivaces, tellement réels... Je dors peu.

Je suis dans le noir... Le vide... Pas un son, même pas moi. Des points blancs, des étoiles, je suis l'une d'elle. Je me vois au sol, à Esperia. Je suis seul et isolé, on me traque. Je ne sais pas pourquoi mais je sais que ie dois courir.

Je me réveille. Puis je penses aux prochaines élections. Les Raskans gagneront si ils se présentent, ils sont devenus les Spiritueux, avec les mêmes sales secrets de famille. Saphelye citoyenne, Vaea et sa petit copine de leur côté, les Raskans auront bientôt tout Esperia avec eux. Une vague raskan déferlera sur Esperia.
Mais je ne dois pas y penser maintenant. Kem m'a confié une tâche, je la tiendrais... Il me reste beaucoup à accomplir, pas le temps pour ces pseudos prémonitions. Je paierais surement un jour mon asociabilité et mon isolement par le travail au lieu d'être proche des esperiens. Nous verrons...

Mon deuxième cauchemar récurent est autrement plus horrible.

Je suis chez moi. Une crise... Je prends le médicament. Rien ne se passe. Un faux, un leurre... Je m'écroule, la douleur me lacère de l'intérieur. Un esclave entre et m'annonce son numéro. Pourquoi celui là précisément? Pourquoi [numéro rayé]? Trop gros pour être une coïncidence.
Il sait ou frapper pour faire souffrir sans tuer. La garde ne l'a pas vu, la pointe d'or de l'a pas vu. Impuissant à empêcher le Cercle d'envoyer ses hommes.
Des bruits d'armure dehors. Trop tard, le numéro me fait son discours sur le Cercle. Et puis... Il sait qu'il est temps d'en finir. Je connais son mode opératoire... Et il sait que je le sais. Alors que la lame du couteau s'approche, je revois tout ceux que j'ai tué de cette façon. La douleur des blessures vives m'a permis de retrouver ma lucidité. Puis l'homme me tranche la gorge et je me réveille.

Le Cercle... Ce n'est pas fini... Il surveille.

Esperia (19 février 513)

Je ressors ce journal après l'avoir laissé prendre la poussière. Je n'ai rien a y raconter. J'essaie de me calmer, de trouver un moyen d'évacuer cette violence.
Une mauvaise nouvelle... Peut être basé sur un malentendu, peut être pas. Mais quand je l'ai appris, le premier sentiment qui m'a pris était la haine puis la violence.
Dans un coin de la banque, j'essaie de retrouver mon calme, Scholwitz et la garde matelot arrivent pour que le premier donne de l'argent à la deuxième.
Trop, il faut que je me défoule, que je trouve quelque chose. Pas de pioches...

Je cours dans la forêt me jette sur un cochon sauvage, je l'égorge avec Fantôme. L'animal pisse le sang, trancher la carotide, toujours aussi impressionnant. Pas tout à fait mort, le sang embourbe suffisamment sa gorge pour l'empêcher de hurler. Il se noie.
Coupes les tendons pour arrêter ces gesticulations. L'animal prend son temps pour crever. Fini par lui donné le coup fatal.

Chance, personne ne croise mon chemin en ville. Pas de questions chiantes sur tout ce sang. J'écris. Je me change. Je suis à nouveau calme. Au boulot maintenant.

Esperia (28 février 513)

J'ai essayé Kemelvor, je le jure sur Arbitrio ou n'importe quoi d'autre. Je t'assure que j'ai essayé de me mêler à la foule, parler avec les gens, ne pas rester refermer sur moi.
J'ai suivi encore une fois ton enseignement mais c'est au dessus de mes forces... Je ne peux pas, je n'y arrives pas. Quand ils viennent me parler c'est pour obtenir quelque chose de moi. Comment je vais, ils s'en fichent bien, si je ne suis pas déjà occupé ou ai envie de me balader sans être importuné, ils urinent dessus comme si ils avaient bu trois litres de bières.
Tu te rappelles quand je venais te voir dans ton manoir quand tu n'avais pas le moral, assailli par ton travail et que l'on parlait de tout et n'importe sauf de politique. C'est comme ça qu'on est devenu ami puis frère, parce que je venais te voir sans but précis derrière la tête.
Malheureusement pour moi, ce n'est pas le cas des Esperiens actuellement, il voit en moi un outil, un moyen d'atteindre leur but.
Je te le jure, j'ai tenté de me mêler à la foule, pendant la vente aux esclaves. Au final, j'ai passé plus de temps à être harcelé pour leurs doléances qu'à suivre l'arrivée des nouveaux futurs esperiens.

Je suis dans une cellule capitonnée qui domine tout Esperia, je peux l'observer d'en haut depuis l'intérieur. Et la seule interaction qu'aura la population avec cette cellule, c'est de glisser des papiers contenant leurs demandes dedans. N'importe qui d'autre pourrait être dans l'urne, il s'en ficherait, tant qu'il y a quelqu'un pour s'occuper de leurs petits problèmes.

Baldeaur est gentil. Même si on ne parle que travail, je sens qu'il n'a pas d'arrières pensées ni de causes ou doléances à me présenter systématiquement. Juste une discussion qui se finira par des salutations et c'est tout.

Comment as tu enduré tout ça? Être considéré comme une machine construite par un ingénieur dont le seul but est de signer des papiers et dire oui et non aux gens?
Ne pas rester seul... J'ai tenté de le faire par respect pour tes conseils mais c'est impossible... Au moins seul, je trouve le calme. Helios ne me pose pas de questions et ne demande rien en retour lui.

Mors et Abisse sont partis... Ce qui veux dire que les Raskans ne brigueront surement pas le premier consulat à la mi-mars. L'avenir devient incertain, heureusement que Baldeaur et Dranna sont là, ils me montrent que rien n'est perdu.

Les rangs de la garde n'ont jamais été aussi important depuis ma vie à Esperia. Toujours aussi turbulente bien sur. Et ils sont entièrement dévoué à Davos qui fait le garde-fou. Seul l'amitié et le respect mutuel entre lui et Baldeaur l'empêche de prendre le pouvoir je suppose. Mais concrètement rien ne l'en empêcherais. Sheolh absent, Seul Baldeaur et moi même pourrions nous défendre. Et quand je dis défendre, c'est mourir en moins de 30 secondes.
De quoi a t-il peur? Surement pas de l'échec, il réussirait à coup sur... Alors qu'est ce qui le retient? Il isole Baldeaur avec lui et laisse la garde s'occuper du reste en toute détente, rien de plus simple.
Il ne croit pas en la fidélité de ses gardes? Peut être a t-il conscience qu'être premier consul est être l'esclave d'Esperia. Dans ce cas, il serait surement la personne les plus lucides qui m'est été donné de rencontrer.

J'attends, j'attends patiemment de voir la garde se retourner au nom de la justice. Arbitrio regardera cela avec amusement... et moi aussi.

Esperia 30 (1er mars 513)

Ecrire m’est pénible et extrêmement difficile mais c’est peut être la dernière occasion que j’ai de le faire.

Ma vie n’a… plus de sens.

Au fond de moi, je crois que je veux en finir… Tout ce qui me retient de rejoindre les limbes, c’est la promesse faite à Kemelvor de me battre pour vivre et pour aider Esperia.
Le fait que j’ai tenté de me taillader les veines me prouve que au plus profond de mon être, un autre Kelmazad qui veut en finir se terre.
Il attend patiemment que les barrières cèdent et que la douleur m’envahisse à nouveau. Il s’évade de sa prison, parcourt tout mon corps, le fait souffrir jusqu’à l’insoutenable.
D’abord avec le bras droit, les spasmes, c’est le signe que les festivités vont commencer. Puis ensuite tout le corps. La respiration devient haletante, chaque mouvement me parait prendre une éternité, je perds mes repères. Des sueurs froides, se déplace devient de plus en plus difficile. La douleur arrive dans le torse, j’ai l’impression de me faire écraser par un bloc de pierre, je me sens mal, j’ai du mal à respirer, je tousse, je crache du sang.
La douleur devient insoutenable, je perds la raison, faire une phrase me semble impossible. Horrible pression sur l’estomac, je vomis, je me convulses.
La douleur devient atroce. Et il atteint enfin le cerveau. De sa petite pioche, Kelmazad le fracasse de toutes ses forces, me faisant perdre la raison. C’est à ce moment qu’il peut agir… Il prend le contrôle, je deviens alors simple spectateur dans mon corps. Je le regarde faire son office, tenter de tirer le rideau final et je le remercie de tenter de mettre fin à mes souffrances.

Plus rien ne retiendra la douleur désormais. Je le sens, la fin est proche…

Je dois me rendre à l’évidence, le médicament de Dranna ne marche plus. Mon corps a du développer un moyen de lutter contre ce corps étranger, cet intrus qui ne fait que retarder l’échéance fatale et naturelle. Un signe qui veut que je laisses partir mon corps ? Un ultime moment de douleur avant de quitter enfin cette terre ?
Cette entrée est écrit dans un moment de lucidité avant de peut être, tomber à jamais dans la douleur et la folie. Ce sera peut être le dernier écrit sensé que je pourrais tenir. A moins que quelqu’un trouve un moyen de… [la phrase n’est pas terminée]

Ma vie a de moins en moins de sens.

Je crois que… mon cœur est mort. Je ne sens plus rien. Ça me coute de l’écrire mais c’est à cela que sert ce journal. Ecrire ce que je ne peux dire à quelqu’un.

Je n’aime plus Rose.

Ce n’est pas seulement elle en particulier mais ça doit être la personne pour qui il a été le plus difficile de l’admettre. Je n’aime surement plus personne… Je pense. Rose restera la femme la plus extraordinaire qui m’est été donné de rencontrer.
Quand je dis j’aime, je parle plutôt d’affection particulière. J’apprécie mes quelques proches, Rose, Myyrh ou Kemelvor. Je leur viendrais toujours en aide par tout les moyens possible et serait présents pour eux si ils me le demandaient et cela sous n’importe quelles conditions. Mais leur disparition ne m’affecterais pas plus que ça. Si il venait à mourir ou disparaitre, je ne les pleurerais pas.
Je le sais, je le sens, je ne voue aucun amour, aussi infime soit il, à une personne sur cette terre désormais… Même pas à moi-même.

De la même façon, j’apprécie tout les Esperiens pour ce qu’ils sont, mais qu’ils vivent ou meurent ne me touche pas plus que ça et ne soulève chez moi aucun sentiment. Je pourrais les protéger d’Izengrin et sa folie monarchiste jusqu’à la mort mais le déclenchement d’une guerre civile et de morts ne me ferait ni chaud ni froid.

Le surnom que j’avais gagné à la Capitale, « Le sans-cœur ». Et bien je crois qu’il ne m’a jamais aussi bien sied que maintenant.
Je suis une coquille vide craquelée de partout, prête à tomber en miettes.

Au fond, je me demande ce qui est le pire, perdre peu à peu son humanité dans la douleur ou être conscient d’être en train de la perdre, avec tout les moments de bonheur et de malheur vécus et à vivre ?

Ma vie a-t-elle encore du sens ?

J'avais nommé ce journal l'Exil... Il touche à sa fin, bientôt...

Esperia (4 mars 513)

J'ai doublé la dose. Dranna était fondamentalement contre cette idée. Mais j'ai su trouver les mots pour la convaincre. L'expression sur son visage était plus éloquent que n'importe quel "C'est grave docteur?". Elle s'est juste contentée de me donner le médicament sans rien dire de plus.
Dans le fond, je pense que son silence était pire que n'importe quelle leçon de morale. Mais cela doit être fait... pour Esperia.

Il me paraît évident que ma vie se raccourcir d'autant plus vite désormais. Combien de temps me reste il? Quelques semaines? Quelques mois? Je ne pense pas que je passerais l'année, ça me parait bien irréaliste que d'espérer cela.

Dranna... Si un jour tu lis ceci... Merci pour tout, pour ton aide et ta compréhension, tu es la meilleure soignante que j'aurai pu avoir.
Elle m'a tout de même demander si je ne voulais pas tenter l'opération avant qu'il ne soit trop tard. Je n'ai pas pu répondre, j'ai détourné la conversation. Je ne me sens pas près à être ouvert de toute part encore une fois. Je ne penses pas que je pourrais l'être un jour. Même si le plus grand médecin de Golvandaar me le proposait.

En tout cas, les hautes doses font sont effets. Quelques absences, mais des réflexes... Comme jamais! J'entends tout ce qu'il se passe autour de moi, c'est hallucinant.
Cependant le contre coup est violent, j'ai les muscles endolories pendant plusieurs heures et mes nuits sont d'autant plus courtes.
Mon cadavre sera un bon sujet de dissection pour faire avancer la recherche scientifique une fois que je serais mort.

J'ai donné quelques Eos à des miliciens qui mourraient de faim juste comme ça, parce qu'ils en avaient besoin. Et pourtant je ne me sens pas mieux pour autant.
Arbitrio s'amuse avec moi. Je me suis fais attaqué par une araignée sorti de nulle part alors que je sortais de ma boutique. Une araignée! En pleine ville! Inimaginable et pourtant, elle est sorti du Tarkhier sans crier garde, qu'est ce qui se passe là bas? Mystère...

Esperia (5 mars 513)

Les médicaments me fatiguent autant qu'ils m'apaisent. J'ai travaillé d'arrache-pied tout la journée d'hier. Les champs, les licences, les demandes, les courriers, les budgets.
La fatigue plus le médicament n'ont pas fait bon ménage, j'étais vraiment à l'ouest. Myla, Vaea et Sakya ont vraiment du me prendre pour un dégénéré.

Je suis ensuite allé me reposer au jardin de Scholwitz. Pour une raison qui m'échappe l'air marin à faire ressurgir quelque chose que ma mémoire avait garder de coté. Une chanson que me chantait Atheryl du temps de la Capitale. Il était celui d'entre nous qui appréciaient le plus la musique et savait jouer un peu de luth. Il aimai par dessus tout chanter des chansons sur nos compagnons. Allez savoir pourquoi, je me suis souvenu de la mienne, même si elle a été inventée à différentes étapes de ma vie. Je le restitue tel qu'il était chanté par Atheryl lorsqu'il était encore de ce monde.

C'était un petit carrogian, encore enfant, bien insouciant.
Un bienheureux, un bien loti, parfaite famille de la perle du sud.
Mais le bonheur, ça tout le monde le sait, attire la convoitise.
Et le petit garçon vit son monde s'écroulé en une soirée, pauvre dévasté.
Sang et tripes, voilà ce qu'il appris, qu'ici bas, tout est permis,
Sans famille, il subit les premières brulures de sa vie, les premières d'une longue série.

Orphelin sale, morveux repoussant, et bien piètre mendiant,
La vie de la Capitale n'était pas son lieu de bataille,
ô comme il regrettait cette vie de luxure, d'amusement et d'aventure,
Mais le petit carrogian n'oublia jamais ses enseignements,
ceux de son père lui furent salutaires et lui permirent de rester sur cette terre.
De richesse à misère, le gamin changea de caractère.

Mais la vie de famille n'est jamais fini, des liens se tissent à l'infini,
Du petit voleur sans importance, il devint frère de connivence.
Au sien de sa fratrie, on lui fit découvrir bien des plaisirs interdits,
Alcool et plaisir, fraternité et bien d'autres valeurs souvent oubliées.
Il oublia son véritable nom, par dévotion pour ses compagnons.

Mais sa nature est humaine et le petit homme repondit à la haine,
Guidée par celle ci, il accomplit, ce pourquoi il était ici, c'était fini.
Il ne tira surement aucune joie, de cet acte cruel et froid.
Mais son exploit fit le tour de la ville et son nom devint... le sans coeur.
Son procès fut exemplaire et la sentence, surement sa dernière.
Mais on en décida autrement et il parti sur la mer et le vent.

Qui eu cru que ça s'arrêterait là? Le garçon revint en homme,
que de fierté, pour ceux qui l'avaient élevé, de le voir ainsi révéré,
Son nom donné, il l'avait gardé, l'héritage était assuré,
La paix, voilà ce qui nous attendait, le ciel est bleu, notre sang rouge,
Et le petit caroggian quelqu'un d'important...

Tout ces souvenirs qui resurgissent. Arbitrio, que tout cela me manque...
J'ai pleuré, seul dans ce jardin, j'ai pleuré les morts, Atheryl, maître Ozamar, maitre Torina, tout mes camarades aujourd'hui disparus.

Et cette gamine est arrivée. Sithis. Que de spontanéité chez elle, ça en est presque revigorant. Un naturel et une fraicheur qui illumine et un intellect avancé pour son âge. Le genre d'enfant que l'on a envie de protéger.
Ensuite rejoint par l'homme de neige, qui fait office de grand frère pour elle.
En les voyant tout les deux, ils me donneraient presque envie de fonder une famille.
Si ils représentent la relève d'Esperia, l'avenir de la ville est assuré.

Esperia (9 mars 513)

Arbitrio, tant d'évènements en si peu de jours.
Par où commencer? Procédons dans l'ordre.

Rose... Où devrais je plutôt dire Flora? Elle a retrouvé la mémoire apparemment. ça m'a rappelé l'époque où je venais de la rencontrer. Distante, effrayée par l'orage, moi avec des chaînes aux mains et aux pieds... J'avais fini par lui jurer quelques semaines plus tard que je serais toujours avec elle pour l'aider à retrouver cette mémoire perdue, à remonter jusqu'à ses origines.
J'ai échoué, c'est indéniable. Je n'ai pas été là pour elle, elle a accomplit sa mission seul, retrouver la mémoire et ce qu'elle a à faire dans l'Ancien Monde pour revoir les siens.
Je n'ai eu le droit qu'a une lettre qui avait été écrit comme une confession plus que comme une lettre d'adieu pour moi.
Après avoir beaucoup relu la lettre, encore et encore, et avoir discuté avec Sithis, l'évidence m'apparait clairement. Nous serons toujours lié d'une manière ou d'une autre mais nous n'avons plus besoin l'un de l'autre.
Elle est surement repartie dans l'Ancien Monde à la recherche de ses origines, puisses Arbitrio l'accompagner dans son cheminement.

J'aurais aimé pouvoir lui dire Adieu.

Ensuite... Vaea! Très efficace, elle va beaucoup m'aider pour la suite. Efficace et appréciée des habitants, son apport est très intéressant.

Enfin... La tempête... J'étais en train de dormir et une vague à complètement arraché mon balcon et inondé mon rez de chaussée. Impossible de sortir. Les cloches de l'abbaye sonnent, Esperia est en état de siège et je suis bloqué chez moi, loin des commandes.
Finalement Alvahryn et la sergente Sakya sont venus me chercher. Quelle idiote... Sa blessure n'était pas soigné et elle est ressorti alors que Rivelame était sous les eaux et les courants extrêmement violents...
Dranna n'a pas eu le temps de m'engueuler mais si elle avait pu, elle se serait mis dans une colère noir. Je n'avais PAS le choix, j'ai pris une forte de dose de poudre noir sans vraiment savoir les effets que ça aurait.
J'avais l'impression d'être revenu trois ans, quatre ans en arrière tellement me déplacer était facile! Sans la tempête, j'aurais pu grimper sur les maisons sans aucune difficultés. Alvahryn portait Sakya, je me débrouillais seul.
Cette délivrance de pouvoir se mouvoir aussi aisément. Je savais pertinemment que ça ne durerait pas mais j'en profitais, malgré la pluie, malgré la foudre, malgré le vent... J'étais libre.

Le dispensaire était dans l'anarchie la plus totale, des blessés dans tout les coins, pas de soignants, des habitants qui n'en font qu'à leur tête et ne suive aucunes directives...
Baldeaur et moi devront penser à une procédure d'urgence pour ce genre de situation qui met les gardes sur les nerfs et peut mener à des petits accidents.
Bon sang! Les Esperiens se fichaient bien que ces derniers soient là pour être protéger, ce qui les intéressaient, c'était d'aller sauver leurs affaires personnelles... Dans le noir le plus complet, la tempête et la ville envahit par les bestioles. Et cela sans tenir compte de la protection de la garde...
Quelques fois je me demande où est passé la logique des Esperiens? Perdu à cause de la panique et la peur? La plupart avait l'air assez détendu dans le dispensaire. Suffisamment pour participer au bordel de plus en plus incontrôlable qui régnais au moment où j'y suis entré.

Le médicament à forte dose... Plus jamais. Mon cœur battait à 200 à l'heure, j'avais l'impression qu'il allait bondir de ma poitrine d'un moment à l'autre. Par Arbitrio... Continuer de respirer dans ces conditions sont compliqués. Il fallait que je dépenses ce trop plein d'énergie... Que je purges cette merde de mon organisme.
J'ai hurlé des ordres à beaucoup de monde je crois. La fatigue me fait oublier un peu tout ce que j'ai dit ce soir là. Mon seul objectif était de rester en mouvement.

Beaucoup de blessés, pas de soignants... J'ai du utiliser mes maigres connaissances du corps humain et mes soins de bas étage appliqués habituellement sur moi même dans les grottes.
Ils ont hurlés de douleur, se sont débattus, ont pleurés tant la douleur était atroce mais ils étaient au final hors de danger... Heureusement que quelques Esperiens étaient là pour m'aider à maintenir ces pauvres gens en place pendant que je leur faisais subir les pires tortures... Pour qu'ils puissent rester en vie.
Sakya garde une vilaine plaie... Alep gardera une horrible brulure sur la jambe... Osokiri... On va dire que la pilosité pectorale ne sera plus un problème et cela jusqu'à la fin de ces jours mais ils sont vivants.
Il faut que je demande à Dranna de prévoir une réserve d'urgence à utiliser uniquement lors d'une arrivée massive de blessés dus à un accident ou à une catastrophe.

Cette tempête... Il faut ABSOLUMENT que l'on mette en place une procédure d'état d'urgence. Cela nous a manquée pendant la guerre civile, cela nous a manquée durant cette tempête. HORS DE QUESTION que ça se reproduise encore une fois!

La soirée s'est fini avec Thorgan et Alvahryn à boire un horrible alcool. Mais après tout cela on en avait bien besoin...
Le pire était passé... Maintenant, il va falloir évaluer les dégâts et réparer... Une raison de plus de ne pas trépasser de suite.

Esperia (17 mars 513)

Trois jours que je ne suis pas sorti d'ici.
J'essaie de retrouver ma motricité seul, dans ma chambre. ça a toujours été comme ça aussi loin que je me souviennes, les soignants n'ont pas le temps de m'aider à marcher. Ils en ont déjà fait beaucoup. Je devrais être bientôt pouvoir sortir je l'espère, avec l'accord de Dranna la prochaine fois que je la verrais.

J'espère que tout ce passe bien à l'extérieur. Aucunes nouvelles d'aucune sorte. L'évènement de Hiiagara a t-il eu du succès, je l'espère.
L'abbaye a t-elle réussi à s'organiser et à lancer les élections? Elle a plutôt intérêt, tout va tellement lentement avec cette institution. Une semaine et demi que je les ai prévenu et j'ai l'impression qu'aucun deux ne s'occupe vraiment de mettre cela en place...

Alvharyn est là, je continuerais plus tard.

Esperia (22 mars 513)

Tout va bien, cela cicatrise bien, la douleur est moins persistante bien que toujours présente et la vie relativement calme.
Louis reprend en main le Haut-Conseil! C'est en est presque merveilleux! Beaucoup de choses vont changer à Esperia.

Et puis... Ma famille est née. Qui aurais cru que je formerais réellement une famille un jour. Mais Sithis et Alvahryn... Je sais que je peux leur faire confiance. Je n'avais pas ressenti cela depuis Kemelvor et Myyrh. Pour peu, j'aurais oublié ce sentiment. Ils vivent chez moi maintenant. En attendant de trouver mieux.

Les caisses du gouvernement m'inquiètent... Une garde trop efficace qui bientôt ne s’auto-suffira plus... Un dispensaire qui coûte et qui ne rapporte pas un sou... Plus les dépenses extérieurs et supplémentaires...
Il va falloir que je repenses un peu aux budgets et à d'honnêtes moyens maintenir les finances à un niveau décent. Je verrais bien selon les besoins de la garde dans le futur. Quoiqu'il en soit, il va falloir que je me penches sur le cas du dispensaire.

Dois-je utiliser mon argent personnel pour l'Etat. Je me suis toujours juré depuis mon mandat de maire de ne jamais mélanger argent public et personnel, aussi bien dans un sens que dans l'autre. Briser ma règle maintenant... aurait il un sens?

Des Qadjarides sont arrivés à Esperia... Ils se sont installés dans le Sans Fond. Qu'ils y restent, au moins ça ne posera pas de problèmes en ville. Ils sont venus chercher à Esperia ce que l'Ancien Monde ne peut leur offrir, c'est tout à fait normal. Mais toute de même, au fond de moi, cette vieille antipathie caroggiane est tapis dans l'ombre. Les caroggians ont toujours isolés ce peuple. Je n'ai jamais vraiment su pourquoi d'ailleurs mais j'ai presque automatiquement envie qu'ils restent dans le Sans-Fond. Le lieu à l'air de leur plaire, tant mieux.

J'ai repris un peu la rédaction de mes mémoires, cela faisait longtemps que je n'y avais pas touché. J'en ai même lu quelques extraits à Alvahryn et Sithis. Sans pour autant avoir d'avis sur le sujet.

Esperia (23 mars 513)


J'ai fais un rêve. Je ne saurais dire si il était bon ou mauvais, porteur d'un message d'espoir ou d'un avertissement mais il était tellement vivace, tellement réel. Même après m'être réveillé, j'avais l'impression d'y être encore. Comme si cela devait arriver, que c'était prémonitoire... mais c'est impossible.

L'obscurité tout autour de moi, les membres engourdis. Un long sommeil, je le sens au plus profond de mon être. Allongé sur un lit dans le silence et les ténèbres, je retrouve mes capacités motrices seul, comme je l'ai toujours fait. Mes yeux s'habituent à l'ombre. Je vois où je suis, une petite pièce pleine de toiles d'araignées que le temps semble avoir oublié.
Un petit coup d'épaule suffit à étaler la porte en fer complètement rouillée qui tient à peine dans ses gonds. Je continue mon chemin, longeant les murs, je commence à comprendre où je suis. Mon rythme cardiaque s'accélère alors que je monte les escaliers, soulevant la poussière sur mon passage, écartant les toiles de ma bonne vieille canne. Elle n'a pas pris une ride depuis tout ce temps, moi non plus d'ailleurs.
L’accueil... Le bois est pourri depuis longtemps, ma clé rentre encore dans la serrure rouillé de la porte. Sur le panneau on peut toujours lire "amende 5Eo", le reste a été effacé.
Ma raison se perd dans des divagations, mon souffle devient court alors que j'arrache les planches en bois cloués sur l'entrée...

La lumière... Enfin. Une petite ruelle pavé, déserte, encerclé de maisons.
Je cours, je cours, mon corps ne me fait plus souffrir, je me sens comme avant... comme avant ce mal qui m'attaque et me tue à petit feu. L'impression de courir tellement vite, le vent frais sur le visage. Je tourne au hasard dans les ruelles et j'y arrive...
La place centrale... Elle a bien changé mais je la reconnais. Que de monde, que d'activités... Est ce vraiment Esperia?
Trois zeppelins volent plus loin aux abords de la ville...

Si seulement je savais dessiner... Je pourrais représenter tout ça.

Je me faufile dans cette place, parmi les gens et les étalages. Je me croirais presque à la Capitale. Les Esperiens sont nombreux, il y a des familles, des écumeurs, des qadjarides, des nordiques. Tous vivants ensemble, commerçant, discutant. Le rêve et l'espoir esperien sous mes yeux. Un lieu où tout les peuples se retrouvent, se mélangent et prospèrent. Esperia, tu portes toujours en toi l'espoir de toute une civilisation.
Ils s'affairent à leur commerce, discutent. Un caroggian rigole en compagnie d'un qadjaride et d'un lig ocolidien. Un phalangiste parle avec un adaarion et un prêtre des 7 mers.

Cela me rappelle mon discours fait à Tankred sur la beauté d'Esperia. C'est cela Esperia, une ville qui n'en est pas une. Un refuge pour tous, l'espoir fou qu'un jour, tout les peuples puissent vivre en harmonie dans la même société.

D'immenses bâtiments prennent place tout autour. Le "centre de soins Ilesa Kemaltar" siège sur l'un des cotés de la place. Certains bâtiments m'échappent. La banque est surement toujours gérée par les Wes si ils sont encore là.

Mon esprit sort de son euphorie. Peu à peu, tout s'explique.

Je continue d'avancer... ll est toujours là... seul son emplacement à changer. Au milieu de la place, le panneau d'affichage, beaucoup plus grand, entouré de la communauté la plus cosmopolite que j'ai pu voir, scrutant la multitude d'annonces une par une.
Je commence à me diriger vers les grands bâtiments, mon cœur s'emballe mais la curiosité me pousse à continuer. "École Dranna Lunargent", une petite statue, avec ses dates de vie. Mon esprit refuse de lire la deuxième date, une tâche noire créée par mes yeux et mon cerveau m'empêche de la lire.
Des élèves sortent, ils sont nombreux très nombreux... Sans que je puisses le contrôler, des larmes se mette à couler le longs de mes joues. Esperia... Tu es devenu... tellement belle et vivante.

Un des gamins me regardent d'un air suspicieux avant de se mettre à hurler "C'est lui! C'est lui!". En quelques minutes, une foule compacte s'amasse autour de moi.
Dans un silence d'attente où tout le monde m'observe, le gamin me tend son livre d'études ouvert à une page bien précise. Sur la côte de l'ouvrage, "Histoire d'Esperia", sur la page, mon portrait. Le gamin me regarde d'un air interrogateur jusqu'à ce que je finisses par répondre positivement d'un hochement de tête.
La foule m'escorte vers un lieu inconnu à travers la ville... Il y a une sorte de liesse qui m'échappe complètement. La garde escorte la foule, silencieuse, disciplinée, sans sortir les armes. Suis je vraiment à Esperia pour voir une chose pareil?

"Centre d'études scientifiques Lindén" "Hôtel des corporations Guidrion Sker", des noms que l'on honore, pour les mémoires et la postérité mais qui ne sont plus mentionné que pour parler d'Histoire.
Les bureaux du gouvernement... On m'emmène voir le dirigeant de la ville. On quitte l'immense place centrale pour gravir une petite colline sur laquelle siège le dit bâtiment, beaucoup plus beau que le mien. Le gamin m'interpelle. "Regarde Kelmazad, on voit bien la place Kemelvor d'ici." Effectivement, la place centrale est devenu immense, ça ne fait aucun doute."

A l'entrée des bureaux, la pointe d'or monte la garde. Elle existe toujours, tant mieux. Les esperiens ont compris qu'elle n'est pas si inutile qu'ils le croient. La foule, toujours escorté par les gardes s'arrêtent en silence, le gamin me chuchote "Allez, il t'attend."
Je regarde une dernière fois le ciel, l'astre solaire, les zeppelins et pousse la porte. Des statues siègent dans le immense hall d'entrée où la pointe d'or est rangé avec discipline. Lexigg, Kemelvor, Mata, Louis, des inconnus, tout les dirigeants d'Esperia... mais pas moi...

Au bout du hall, un homme en noir, dos à moi. Il attend que je m'approche d'avantage. Il quitte le hall sans un mot, passe par une double porte ouverte par la pointe d'or à son passage. Un escalier, puis un deuxième. L'homme n'a pas dit un mot, je le suis sans trop savoir où je vais. On monte tout en haut du bâtiment.
La vue est... magnifique, indescriptible, dans le port de Rivelame, une trentaine de bateaux. Le quartier s'étend maintenant sur toutes la côte. Et puis derrière, des champs à perte de vue.
Adobe semble avoir retrouvé son statut de quartier minéral. Sur plusieurs hectares, on peut voir la fumée des forges, un hangar à Zeppelins, un immense entrepôt de pierre.
Le Quartier Ouest accueille désormais le lieu de culte de la ville, imposant et visible de très loin.
Et même le Sans-Fond est toujours là. Tout a été creusé, le trou de jadis est maintenant une pente douce s'étendant sur plusieurs centaines de mètres, parsemée de maisons.

C'est beau... Splendide. les bons côtés de la Capitale sans les mauvais côtés. Ô Esperia, tu es devenue si belle.

"-Tu reconnais ta ville grand père? me dit le dirigeant tandis qu'il se tourne vers moi en souriant. Cheveux noirs, yeux violets. Le fils de Sithis. Le doute n'est pas permis, la ressemblance trop frappante.
-Cela fait longtemps que l'on attends ton retour. Une fois par an, au même jour, au coucher du soleil, la ville fait silence en ta mémoire. Un moyen de se rappeler celui dont le véritable nom est à jamais tombé dans l'oubli.
-Tu es... mon petit fils?
- Selon la loi esperienne oui. Et pourtant, ni ma mère, ni oncle Alvahryn n'ont jamais connu ton nom. Tu es parti comme tu es arrivé en Esperia, en inconnu, même pour tes proches.
-Je suis..."

Amère douceur que le réveil. Dans l'obscurité de ma bibliothèque, sur mon canapé. Hélios et Alvahryn dorment à poings fermés. Dois je tirer quelque chose de ce rêve? Mes mémoires... est ce vraiment une bonne chose? Est ce que l'on se souviendra de moi? Dois je continuer à cacher la vérité à mes proches? Ma fin est de toute façon imminente. Vais je mourir en emportant ce secret dans ma tombe?

Je dois... réfléchir... Beaucoup...

Esperia (31 mars 513)


Ewan est mort... Pendu.
Malgré notre longue discussion de l'autre jour, où il me parlait de ses rêves d'avenir, d'un travail honnête, d'une maison, de vivre avec Audrey... Je n'ai pas pu... Je n'ai pas eu le courage de le sauver...

Pourquoi? Parce que j'ai peur que la garde refuse de lui laisser la clémence que j'étais prêt à lui accorder et qu'elle se retourne vers moi. Je suis un lâche... J'ai été anobli il y a à peine 2 jours et j'ai déjà perdu toute humanité...
J'ai servi mes intérêts de noblichon au lieu de sauver la vie d'un homme. Je me dégoûtes moi même...

Maintenant, il n'est plus qu'un corps dans une boîte, après avoir vécu une belle mais courte vie. Il n'aura même pas le droit à une célébration pour ses proches. Peut être aurait il voulu que l'on disperse ses cendres dans le vent nocturne? Mais il ne restera qu'un corps dans une boîte.

J'ai soutenu Audrey comme je le pouvais. Je lui ai dit que c'était par amitié, mais au fond de moi, même si c'est vrai, il y avait aussi un sentiment de culpabilité. J'ai mis Ewan devant un choix impossible à faire et l'ai mené sciemment à la mort. Je suis... un être faible... Depuis quand je suis devenu comme ça? J'ai toujours aidé les Charcutiers alors pourquoi pourquoi pourquoi je ne l'ai pas aidé! C'est mon dernier mandat! Je n'avais rien à perdre... Et je l'ai laissé mourir. Baldeaur pourra dire ce qui veux, je suis en partie responsable de sa pendaison et du chagrin de certains Esperiens.

Puisses t-il trouver la lumière que je semble avoir perdu. Je n'ai pas eu le courage de le sauver... Je dois au moins avoir le courage de retrouver la lumière... en l'honneur de corps dans une boite.

Esperia (22 avril 513)

Mon journal... Je l'avais presque oublié.

Ce que je ressens en ce moment est bizarre. Je suis fatigué. Terriblement fatigué. Ce n'est pas la douleur, bien que celle ci revienne de plus en plus forte chaque jour, qui m'assailles. Je ne saurais dire. Je n'arrive à rien... Même pas à sortir de chez moi, même pas à écrire mes mémoires. C'est à peine si j'arrive à me concentrer sur ces satanés lois! A quoi bon de toute façon? Je pourrais rendre la sodomie légale qu'aucun Esperien ne s'en rendrait compte! Dans tout les cas, la relève est prête, sa base tout du moins. Personne n'est venu frapper à ma porte pour me demander quelque chose. Les consuls font bien leur boulot. Ça me fait penser que je dois absolument voir Dranna. Et Louis aussi.

Fait chier, je vais devoir sortir... Pourquoi je suis comme ça. J'ai pas d'envie morbide mais j'ai envie de rien, je suis las.

Esperia (27 mai 513)

Aujourd'hui, je ne suis plus premier consul d'Esperia. Cinq mois à diriger cette cité. Si je devais faire un bilan sur moi même, je dirais que j'ai fais beaucoup, sans forcément faire tout ce que j'aurais voulu.
Mais bon, aucun politicien n'a jamais tenu toutes ces promesses...
J'ai ouvert les portes de la politique à bons nombres d'Esperiens, des portes précédemment fermés aux classes les moins aisées. Suis-je fier d'avoir fait d'Esperia la ville d'espoir qu'elle représente? Oui.
Esperia s'embellit de jour en jour, les chances de renouveau qu'elle offre font parler d'elle dans l'Ancien Monde et suscite l'interrogation de tous.
Se souviendra t-on de moi et de ce que j'ai fait? Dans le fond, peu importe...

Malgré toute la fierté que j'ai éprouvé à diriger cette ville... Je suis encore plus heureux de la laisser à d'autres.
Les dernières semaines de mandat ont été difficile, la motivation m'a quitté. Mais c'est fini... Je suis libre, je revis.

Hier j'ai fais un beau rêve. Je sortais au balcon et un oiseau géant m'attendait. Il était attelé, je n'avais plus qu'à monter dessus... Passer la frayeur des premiers instants et de l'envol... je traversais les nuages, il m'amenait toujours plus haut près du soleil, je me sentais transporté, en train de voler dans les airs... Quel sentiment de liberté incomparable...
Et une fois en hauteur, quand l'on ne voyait plus que le ciel bleu et le soleil, l'oiseau me laissait tomber. Deux minutes de chute libre. Deux minutes pour penser, les yeux fermés, pendant que mon corps tombait.

Mais penser à quoi?
A ma promesse donnée à Kemelvor. J'avais donné à cette ville la stabilité et la paix dont elle avait besoin. Je sais Kemelvor ne me tiendra pas rigueur d'avoir passer la main. Mon frère... tu me manque.
A cette liberté retrouvée. Je passe du temps avec ma famille, avec Sithis. Je redécouvre mon métier et le plaisir de la pierre et de la pioche. Alvahryn m'a dit que Sydän voulait dire cœur en adaarion. Ma famille est mon cœur désormais et je veux qu'elle vive bien. A mon avenir...

Et le temps de toutes ces interrogations, l'oiseau me réceptionnait avant le fatidique moment où je m'écraserais sur le sol, m'emmenant doucement vers l'horizon, sans vraiment savoir où mais qu'importe! On a plus besoin de moi, je peux aller où bon me semble, alors je me laisse transporter par ce dernier, vers l'endroit où ses battements d'aile me mèneront.

Esperia (7 juin 513)


C'est bizarre, je pensais que ne plus être consul ne m'apporterait que de la joie... Mais j'avais tort... Terriblement tort, comme d'habitude.
Comme quoi, même après un an sur Esperia, j'arrive encore à être surpris, surpris par moi même, surpris par ces gens, cette ville...

Il faut croire qu'Arbitrio s'est donné pour mission personnelle de faire de moi une personne seule? Comment ai-je pu croire un seul instant que cela changerais un jour?
Encore et encore, une boucle qui se répète sans cesse, une boucle de souffrance et de peine sans fin. D'un sentiment de solitude que me donnait mon poste de premier consul je suis passé a un sentiment d'abandon. Louis, Alvahryn, Sheolh, Baldeaur... Des proches, amis, homme de confiance pour d'autres... Je n'existe plus. Une amitié par procuration imposée par ma position politique. Maintenant qu'elle n'a plus lieu d'être, plus la peine de se forcer pour eux.

Pourquoi ai-je cru que ça serait différent...
Je suis qu'un imbécile.

Je le sais pourtant que je ne dois faire confiance à personne. Arbitrio me l'a fait comprendre à plusieurs reprises dans ma vie.
Et voilà. J'ai recommencé comme un abruti...
Ma confiance? Je ne sais même plus à qui la donner! Pour ce que ça me sert d'accorder ma confiance aux autres... Autant la garder pour moi.
Je ne peux compter que sur moi même, ça m'a toujours bien réussi. Et ça m'évitera d'avoir à ressentir ces sentiments de tristesse et de trahison superflus.
Des sentiments inutiles dont je me passerais très bien.

Seul... Comme toujours.
Au final, Arbitrio a peut être raison de me signifier tout cela. Toute ma vie, il m'a averti.
Ne t'attaches pas aux gens parce que ces derniers finiront toujours par te décevoir ou finiront décapiter. Tous, sans exception.
Pourquoi est ce que je m'obstine? POURQUOI? L'être humain est intéressé. Le jour où il n'a plus besoin de toi il t'oublie pour finalement se mettre à te chercher uniquement quand il a besoin de toi.

La solitude est l'habit qui me sied le mieux. Je n'ai besoin de personne, je n'ai jamais eu besoin de qui que ce soit pour m'en sortir. Amitié? Amour? Foutaises! Je n'ai pas besoin de ces débilités!

Kemelvor m'avait dit de m'ouvrir aux autres, d'ouvrir mon cœur aux gens... Quelle monumentale connerie!
Tu m'auras donné mille bon conseils pour un mauvais mon frère... M'ouvrir aux autres! J'avais toujours été septique à ce conseil et j'avais parfaitement raison. Cela ne m'a apporter que de la peine et de la déception!

Pour le peu que mes "proches" daignent me parler, des choses inquiétantes se passent à Esperia.
Et j'attends, je n'attends qu'une chose.
J'attends avec impatience le jour où ils auront besoin de moi. Pour me faire un plaisir de les laisser se noyer dans leur propre merde. Et je les regarderais avec plaisir, mes "amis", mes soit disant "proches" en train de se débattre et de se battre comme ils peuvent.

Cette entrée de journal... Suis-je en train de changer, de devenir froid?
La réponse est non.
J'ai l'impression d'être revenu deux ans en arrière... Comme au bon vieux temps. Celui où la seul personne qui pouvait me faire du mal, c'était moi même.
Ou la froideur et la distance était bien plus qu'un mécanisme de défense.
Une manière de vivre, de survivre, face aux déceptions des autres êtres humains.
La manière dont j'aurais toujours du vivre.

Esperia (29 juin 513)


J'entends un son lointain...
Un instrument plaintif à des kilomètres de moi...
Il m'appelle...
Porté par le vent...
A la fois apaisant et inquiétant...
Mais annonciateur...

Je suis mort. Pendant l'espace d'un instant, je suis mort.
En compagnie d'Alvahryn et Estrella. Je n'aurai pu espérer mieux...

Je marche dans le noir, je marche et pourtant j'ai l'impression de ne pas avancer. Lui, est toujours là, il me parle, me dit que je suis un idiot, ne peut comprendre la délivrance de mon geste.
Il m'oblige à regarder Estrella se débattre dans le sang et les pleurs et Alvahryn paniqué, ne sachant que faire. Et pourtant, je suis serein, je sais qu'ils s'en sortiront. Je pars apaisé.
Il finit par me murmurer des ordres, des volontés avant de disparaitre. Enfin, de me laisser tranquille.

Enfin.
La torture s'achève, je ne suis plus forcé à regarder le monde connu. Je peux me tourner vers cette grande inconnue, ce noir total, cette obscurité omniprésente.

Je marche, j'ai l'impression de marcher pendant des heures, de ne faire qu'un avec elle...
Une table, trois chaises et des couverts en face de chacune d'elle. Je m'assoie instinctivement sur la deuxième.
Je sais qu'elle m'est réservée. Au plus profond de moi je le sais. C'est ici que je dois m’assoir.
La notion de temps n'existe plus. Suis-je assis ici depuis deux secondes, cinq heures ou un siècle?

Des silhouettes floues viennent s'installer à table.
Le plat... Ces odeurs... Ces couverts... Les silhouettes se font de plus en plus nettes.
Père...
Mère...
J'avais presque oublié leurs visages. Fils indigne. Je ne suis jamais allé sur leur tombe de ma vie.
Mes parents sont là, bien vivant, me souriant alors que nous mangeons.
Je suis là. Avec eux. Après tant d'années. Partageant un repas comme ceux de tout les jours, le soleil de Thermidor passant par la fenêtre. Le monde se construit peu à peu comme je m'en souviens...
Notre porte d'entrée peinte en bleu, le meuble dans lequel père range tout ces documents et son manteau.
L'entrée de la cuisine, le tapis, le pot de fleurs...
Ozamar, Atheryl, mes camarades se joignent à nous.

Je retrouve toutes ces personnes qui m'ont tant manqués, après tout ce temps.

Mais quelque chose ne tourne pas rond...

Je ne peux prendre mère dans mes bras, comme si elle n'était que fumée. Son expression de visage change, elle se tourne vers père.
Le temps de comprendre, son corps a disparu, seul sa tête roulant par terre subsiste.
Je me retourne pour mieux voir mère en train de brûler vive.
Une seconde plus tard, les autres sont décapités un à un, alors qu'ils me regardent avec un sourire.
Les corps gisent sur le sol, je suis seul dans la pièce, debout, paralysé, se sachant que faire.
Condamné à revivre ses scènes d'horreur.

Et puis plus rien.

Me revoilà dans ma maison à Rivelame. Il m'a suffit de regarder mon poignet recousu pour qu’instantanément je me mette à pleurer toutes les larmes de mon corps.
J'ai pleuré et pleuré encore, rouler en boule dans mes draps. Et quand la source de larme se tarissait c'était pour mieux repartir.

Pourquoi? Pourquoi m'avoir sauvé?

Estrella m'a condamné à une plus longue vie, une vie que je n'aurais pas du avoir. Je suis un être coincé sur cette terre, pas vraiment mort mais pas vraiment vivant non plus. Seul les vivants sont doués de paroles. Je suis tiraillé entre des sentiments humains auxquels je ne devrais plus prétendre et une inhumaine haine, un dégoût et une frustration.

Encore une dernière chose à faire. Une seule. Et alors là, je pourrais partir définitivement. Lorsque j'aurais récupérer mon humanité, je pourrais l'abandonner aussi tôt et partir...

Ou plutôt repartir... Sans retour cette fois...
J'ai fais trop d'erreurs, vu partir trop de morts. Plus rien sur cette terre ne me retient... C'est pour bientôt...
Bientôt...

Fort Lointain (date inconnue)


La liberté.
Voilà le premier sentiment que j'ai ressenti dès la seconde où Esperia était hors de vue. Accoudé sur le bord du bateau alors que le soleil éclaire mon teint cadavérique et le vent marin aère mon visage, je peux pousser un long soupir de soulagement. Esperia est derrière moi, cette ville fait partie de mon passé. Je me balade sur le pont, toujours aidé de ma canne. Mon argent durement gagné sommeille auprès d'Alvahryn qui s'en ai fait le gardien. Pour la première fois depuis un certain temps je suis apaisé. Je me laisse bercer par le mouvement des vagues et le bruit de l'eau et de l'écume.
Alvahryn affiche un petite sourire satisfait à l'idée de retrouver son foyer et sa petite sœur. Mais dans le fond je sais qu'il s'inquiète pour Esperia. Cela lui passera surement, comme ça m'est passé. Pour le moment, il est trop occupé à fumer la pipe et discuter avec Barboto et l'autre furie.

Assis près de la poupe du navire, je relis mon livre de correspondance avec Estrella en profitant du soleil, un luxe que je ne me suis pas offert depuis bien longtemps. Une armada de mouettes suit le sillage du bateau. Pas une seule tempête ou difficultés durant la traversée. Nous avons été heureux de quitter cette connasse de Gwylonna à Fort Lointain pour un navire beaucoup plus hospitalier. Négocier la traversée n'a pas été compliqué. Mais j'appréhende l'arrivée à la Capitale. Je profite des bercements de la mer avant d'y penser...

La Capitale (date inconnue)

Cette ville me dégoûte.

La Capitale est toujours aussi sale. Ces putes dans tous les quartiers, ces orphelins qui parcourent les rues à la recherche de moindre truc à voler. Toute cette misère, cette puanteur. Rien ne change dans cette ville de merde. Les pauvres gens deviennent de plus en plus misérables quand la noblesse s'enferme et se barricade par peur du petit peuple.
Et malgré tout cela, la ville et ses bâtiments, aussi sales soient ils, gardent ce je ne sais quoi qui a traversé les âges et qui fait que ces rues immondes où les rats tentent de fuir ceux qui voudraient les mettre en broche continuent d'attirer ces misérables. Les démunis sont partout, des estropiés, des escrocs. Tous en train de quémander, d'arnaquer. Des gens copulent dans une ruelle. Impossible de savoir s'il s'agit d'un viol ou d'une relation tarifée. Alvahryn veut intervenir. C'est Alvahryn après tout. Je dois le retenir de ma canne. Nous ne sommes ici que de passage. Il ne peut pas sauver une ville déjà pourrie par la gangrène depuis des années. Cette ville est déjà condamné.
La garde a atteint un niveau de corruption que je n'ai jamais vu lorsque j'ai vécu à la Capitale. Il enverrait un innocent à la potence pour quelques pièces d'or. Certains seraient même prêts à vendre leur propre mère. Dans ces conditions, c'est presque trop facile pour moi de traverser la Capitale et d'échapper à la garde. Tant mieux.

Barboto et Sakya éprouvent un certain malaise en passant devant le quartier nordique. Celui-ci porte encore les stigmates des récents évènements de haine qui ont secoués la ville.
Vivement que l'on quitte cette immonde ville qui sent l'urine et la mort...

Maasydan (date inconnue)

Les voilà enfin ! Les Monts Adaarions ! Quelle beauté. Dire que j'aurais pu mourir sans voir cela de mes propres yeux... Il me reste tellement de choses à voir sur cette terre.
Les nuages cachent le sommet des plus hautes montagnes tant leurs pics pointent haut dans le ciel. Alvahryn affiche un large sourire. Il sera bientôt chez lui. Aucun de mes trois compagnons de voyage n'a l'air gêné par le froid. Deux nordiques et un Adaarion. A quoi m'attendais-je ?
Mais pour moi qui n'ai jamais connu ses températures, c'est une autre histoire... Alvahryn veille à ce que je ne manque de rien et que je sois toujours réchauffé.
L'attelage que nous avons acheté avance lentement, le froid et la neige ralentissent considérablement notre progression. Le ciel est d'un blanc immaculé. Bon ou mauvais signe, impossible à dire pour le pauvre carrogian que je suis.
Je crains de ne pas pouvoir continuer d'écrire sous peine de voir mes mains devenir complètement bleues.
Mais je tente le coup. Nous empruntons une petite route longeant la montagne. Heureusement que je n'ai pas le vertige.
Alvahryn me dit que nous serons là dans un jour ou deux désormais.

Golvandaar (1er novembre 513)


Golvandaar !
Majestueuse ville dans les montagnes, faite du blanc de la neige et du gris de ces pierres. Une telle limpidité donne un sentiment de pureté et d'apaisement alors que l'on approche de cette force tranquille qu'est le Mont Adaar. Bien que nous ayons vu le Mont Adaar depuis des kilomètres, on ne distingue réellement la cité qu'une fois près d'elle. Des ruines d'une autre époque entoure la ville, son immense observatoire surplombe la ville. Toutes ces constructions faites quasiment que de pierres donnent une impression de gigantisme et font que la ville nous paraît imposante. Un géant de pierre allongé à flanc de montagne avec dans son ventre, une ville grouillante de vie. Le quartier marchand est somptueux et les corporations de métiers ont chacun leur majestueux bâtiment.
Et puis je le vois enfin, le Monastère d'Arbitrio. Sans être un grand croyant, je ressens tout de même toute la spiritualité qui se dégage de ce lieu. Un lieu sacré pour chacun d'entre nous que je ne manquerais pas d'aller visiter si cela m'est permis.
Nous arrivons devant la demeure d'Alvahryn, faite entièrement de pierre, comme tout le reste de la ville. Le manque de verdure de cette cité lui donne un côté austère. Je suppose que cela est caractéristique des villes montagnardes.
Alvahryn descend de l'attelage avec hâte, suivi de Barboto aidant Sakya à descendre à son tour du chariot.
Je ne me refais pas, je m'éclipse discrètement et part visiter la ville. Je retrouverais Alvahryn plus tard. Je n'ai rien à faire dans des retrouvailles familiales.
Et puis cette ville a beaucoup à m'apprendre. Je n'ai pas encore eu l'occasion de voir la Grande Bibliothèque...

Golvandaar (28 janvier 514)

Je suis perdu dans le temps et l'espace. Je me retrouve dans un monde étrange aux teintes bleues et violettes. Les habitants ne sont que des silhouettes, des êtres composés d'une dense fumée noire. Tous leurs mouvements sont ralentis et pourtant j'ai l'impression que ce monde grouillant autour de moi va très vite. Je me fraye un passage parmi les habitants de ce monde obscur sans trop savoir où je vais et dans quel but. Un vent glacial et mordant me fait courber l'échine et me frigorifie les pieds.
Complètement perdu, je continue d'avancer, toujours sans objectif. Puis elle arrive... Cette douleur venue du plus profond de mes entrailles, elle me tire les muscles et me tord les os. Et pourtant, je ne m'écroule pas. Je continue d'avancer dans le monde des ombres jusqu'à en sortir. Je ne sais pas où est la sortie, à vraie dire je ne l'ai jamais trouvé.

Puis je me réveille.

Je ne sais depuis combien de temps je suis enfermé ici. Quel jour sommes-nous ? Quelle heure est-il ? Je n'en sais rien. Je profite de ce petit moment de lucidité pour ne pas oublier. Chaque jour, des exercices, des auscultations et des médicaments qui m'assomment et brouillent mes sens. On m'a mit dans une petite chambre aseptisée, je suis coupé du monde, enfermé dans ce monde miniature entouré de murs de pierre. Seul le froid me rappelle où je suis, un froid que je ne puis supporter d'avantage dans mon état. On me dit que c'est pour bientôt... Alvharyn ne donne pas de signe de vie. La frontière entre ce monde et celui que j'imagine devient de plus en plus fine. Bientôt, je passerais au travers.

Golvandaar (6 février 514)

On m'a laissé dormir tard aujourd'hui.
La nuit m'a paru relativement tranquille et je n'ai pas fait de cauchemar ou eu d'hallucinations qui m’emmènent au pays des ombres.
Le soleil est déjà haut dans le ciel et le temps est dégagé et clair.
J'attends que quelqu'un vienne m'aider à sortir de ma chambre.
Las d'attendre, je décide de prendre les devants et attrape ma canne. Je me dirige vers la porte pour découvrir que celle-ci a été laissée ouverte, fait inhabituel. Je pousse doucement cette dernière et les rayons du soleil m'aveugle par leur puissance.
Une fois acclimaté à la lumière du jour, je me dirige vers le petit parc qui prend place au centre du dispensaire adaarion. Les couloirs sont déserts et le son de ma canne résonne à travers ceux-ci. Le silence et la plénitude m'apporte du réconfort.
Les plantes me paraissent resplendirent d'un vert très dense, jamais vu auparavant. Les oiseaux semblent particulièrement jovial et le ciel est d'un bleu limpide.
Installé sur le banc, j'admire la magnifique cicatrice laissée par mes soignants le long de ma jambe. La logique voudrait que je laisse les points de suture se renforcer. Mais je n'ai jamais su être raisonnable.
Le puits au bout du petit jardin. Voilà l'objet de ma convoitise.
Je pose donc ma canne sur le banc et me redresse. Un pas, puis un autre, et le suivant.
Quelle sensation étrange. Je ne sens plus ma jambe droite mais je sais qu'elle est là. Je sens les petits graviers contre la plante de mon pied mais rien d'autre. Je ne ressens pas la douleur de ma chair et de mes os.

Je marche, seul. Sans ma canne.

J'aurais fait sauter deux points durant cette courte expédition de quelques mètres. Mais qu'importe, j'ai marché. Et ce n'est pas un médicament qui est à l'origine de cela. Je n'arrive pas à exprimer ma joie, que ça soit par l'attitude ou par les mots. Je sais que je serais bientôt capable de déplacer seul.
Je renais.
Je commence déjà à imaginer tout ce que je pourrais faire lorsque tout cela sera loin derrière moi... Mon grand Projet ! [la suite est gribouillé et illisible]
Les soignants m'ont dit que la suite ne serait pas une partie de plaisir et pourrait même être dangereux. Mais je n'ai plus rien à perdre de toute façon. Arbitrio décidera de mon sort.

Route de l'est (6 avril 514)


Ce jour est celui de ma renaissance.
En paix et harmonie avec moi-même, je suis prêt. Prêt à renaître en ce monde.
Les médecins m'ont dit que je porterais ces cicatrices tout le long du corps pour le restant de mes jours.
Mais qu'importe, je suis vivant et libre.
Libre de toutes contraintes, affranchi de cette prison de chair et de tout ce qui me retenait ici. Je laisse cette vie derrière moi, sans regrets ni remords. Se souviendra t-on de moi ? Dans le fond, cela m'importe peu. Ceux que je considérais comme des amis m'ont déjà oublié.
Je suis dispensable. Une vérité qui reste difficile à encaisser mais que je dois admettre. Ces pensées sont déjà presque oubliées, elles n'appartiennent déjà plus à ma vie.

Mon enfance à Carrogia, ma vie à la Capitale, mon aventure à Esperia. Tout cela ne fait plus partie de ma vie, il est temps pour moi de prendre un nouveau départ.
Je garde avec moi ma précieuses canne et mon journal, en souvenir de cette vie passée, bien que je n'écrirais plus dedans.
J'ai acheté un sac et des vivres et me voilà fin prêt.
Je suis passé devant la maison d'Alvahryn, je n'y ai vu que sa sœur en compagnie d'une gamine.
C'est mieux ainsi. Les adieux déchirants ne me sied guère.
Esperia, Kemelvor, Alvahryn, Sithis, Louis, Darion, Estrella, Will, Fabhrus, tout cela est derrière moi.

Mon passé est derrière moi, le monde devant. Ma première destination sera la Grande Huratelon. J'ai quelques semaines de marche, mais après tout... Plus rien ne me retient. J'ai envie de parcourir ce monde, voir ces différentes cultures, les sous-sols de notre chère terre et tout ce que la nature et l'esprit humain pourrait m'offrir.
Je ne remercierais personne comme personne ne m'a remercié. Tout ce que j'ai fais, je ne le dois qu'à moi-même et à moi seul. Aucun compte à rendre. Une pensée certes égoïste mais qui à ce stade me semble nécessaire. La liberté prendra le pas sur la solitude. La plénitude prendra le pas sur la frustration.

Je ne signerais pas ce journal, mais cette entrée sera sa conclusion. Espérons que celle-ci soit pleine d'enrichissements.

Adieu très cher journal. Mon exil se termine aujourd'hui, tout comme mon ancienne vie.

Caroggia (10 novembre 514)


J'ai sauté de la charrette. Je cours, je me précipite, mon fidèle bâton toujours à la main, j'entends la mer, j'entends les vagues s'écraser sur les rochers. Me voilà debout, sur le bord d'une falaise, respirant une grande bouffée d'air. Le vent sur le visage, l'air marin dans les cheveux, me revoilà chez moi, sous le soleil de Carrogia. Je ne peux m'empêcher de rire, de sourire, de lever les bras comme si j'allais prendre mon envol du haut de cette falaise. Après autant de temps que je ne le saurais dire, me revoilà dans le lieu qui a défaut de pouvoir être considéré comme mon foyer, reste celui qui m'a vu naître. En contre-bas, j'aperçois la ville. Elle n'a pas changé après autant d'années, elle est exactement comme dans mes souvenirs. Après avoir exploré la moitié du monde, je retrouve un endroit familier.

J'ai gravi les plus grandes montagnes de notre terre et bravé ses vents glacials. J'ai exploré et étudié les richesses des sous-sols, des merveilles minérales à l'état brut. J'ai vécu parmi les simples gens des grandes plaines Hura. J'ai été témoin de la vie de cours fastueuses des grands seigneurs. J'ai été inspiré par des hauts-lieux de l'histoire de l'humanité et de notre religion. Je me suis baladé dans les forêts du Steiertal. J'ai traversé le Roment et observé sa faune exceptionnelle. J'ai découvert les tribus Qadjarides et suivi les pistes des nomades. Bien sûr le voyage n'a pas été sans danger. Mais avec un peu de chance, d'argent et de prudence, rien n'est insurmontable.

Et sans le vouloir, me revoilà à Caroggia. Qui sait combien de temps j'y resterais. Il m'arrive parfois de repenser à ceux que j'ai laissé, et puis je les oublie. Ma hantise reste toujours de croiser une connaissance, car malgré l'immensité de ce monde et mon long périple, chaque grande ville est une crainte. J'aurais aimé entrer en héros dans ma ville, mais je me contenterais de la petite porte. Peut-être irais-je faire de la barque, ou pêcher sur le bord de mer ? Les rues sont les mêmes, les odeurs des cuisines et des marchands me ramènent des années en arrière. Il faudra que j'aille sur la tombe de père et mère. Voilà bien trop longtemps que j'ai renié mes racines.

Pour autant, mon voyage est loin d'être terminé. Cette vie est ce qu'il me fallait, sans attaches. Je ne connaitrais pas la déception d'être incompris. Je ne subirais pas les plaintes d'autrui. Personne sur qui me reposer quand ça ne va pas, comme je n'ai pas à offrir mon attention et mon énergie à une autre personne. Personne ne m'attend et je n'ai personne à charge. Je ne compte que sur moi, et cela me va très bien. Je suis libéré de ces entraves.

Caroggia (11 décembre 514)


Le noir total. Aucun bruit. Puis une lueur bleuté me fait sortir de cette obscurité.
Je sens que je quitte le sol, que je m'envole alors que la petite brise des nuits d'été passe par la fenêtre, traversant les fins rideaux et me caressant le visage. Alors que je lévite dans les airs, il me suffit d'ouvrir péniblement mes yeux lourds de fatigue pour voir une belle lune ronde et lumineuse plongée dans ce ciel d'un bleu profond. Parsemé d'étoiles et où les nuages sont absents, j'ai l'impression d'observer l'immensité de cet univers d'un seul regard.
Ma conscience ne me permet d'appréhender totalement cette idée; celle qui me dit que je ne suis qu'une petite brindille dans un vert pâturage qui s'étendrait à perte de vue.
En regardant mes mains, je les vois minuscules. Aucun escarre ou blessure sur ces dernières, seulement des petits doigts dodus. Il me suffit de relever la tête pour comprendre que je ne lévite aucunement dans les airs. Ce sont les bras chaleureux et maternels qui me soulèvent et me transportent, me berçant comme le ferait le court d'un ruisseau tranquille.
Mère me paraît être géante, disproportionnée. Mais elle garde cependant un air bienveillant et protecteur. Je tire ses longs cheveux bruns qui me tombent dessus. Ils me gênent. Elle se contente de rire, amusée. Je connais ce visage angélique comme si je l'avais vu hier. Et pourtant, je le ressens comme si c'était une éternité.
Une deuxième silhouette s'approche. Je reconnais ces yeux. Mes yeux. Père me porte à bout de bras et me fait tourner en même temps que lui. Je perds mes sens pour quelques secondes, me laissant bercer par les grands mouvements circulaires. Il finit par venir coller son immense visage hirsute au mien. La sensation est désagréable, mais je me retiens de réagir.
Les deux sourient dans ma direction, alors que l'on me fait planer jusqu'à la fenêtre grande ouverte. D'ici, on peut voir la ville, alors que la vie s’éteint en même temps que la lumière des demeures. De mon poste d'observation aérien, je peux admirer à loisir ce monde captivant, bercé par le bruit des vagues et les bras de mère. Un sentiment de sérénité m'envahit, alors que je sens la fatigue cherche encore à me faire retomber dans les limbes.

Je ferme les yeux quelques secondes, le temps d'un clignement.
Je sens l'odeur de l'herbe fraîche et de l'air marin. Je me redresse et retrouve ce même ciel bleu, cette même lune. Je tourne la tête dans tous les sens, essayant vainement à retrouver mes sens. C'est le retour à la terre, et je ressens tout la dureté du sol sur lequel j'étais allongé. Il me suffit de voir la pierre tombale pour quitter définitivement ce rêve, de mettre fin à cet envol comme on arrêterait d'une flèche un oiseau. Je ne peux m'empêcher de pleurer. Cela faisait tellement longtemps. Après ces années de souffrance, de rencontres, d'aventure et de fatigue, je reviens là où tout a commencé. Suis-je un mauvais fils pour avoir négligé aussi longtemps mes géniteurs et leur mémoire ? D'avoir décidé de les oublier pour moi seul, par pur égoïsme ? Encore une fois, je m'allonge à côté de la sépulture, en espérant une nouvelle fois pouvoir sombrer dans l'obscurité, pour ensuite m'envoler, et pouvoir aller plus loin, dans une lévitation sans fin...

Vellabria (27 décembre 514)

J'ai quitté Carrogia, partagé entre la nostalgie, le regret, l'amertume et la culpabilité.
Je me suis recueilli une dernière fois sur la sépulture de mes parents. Je n'y reviendrais peut-être pas avant plusieurs années. Suis-je en train de tourner une page de ma vie ? Un poids a été enlevé, mais pour être aussi tôt remplacé par un autre. Mais je porterais ce poids avec plaisir, pour une raison qui m'échappe encore... Si seulement je pouvais discuter avec Arbitrio, m'entretenir avec lui de ce qui a été décidé pour moi. Pourquoi le cœur a-t-il pris le pas sur la raison ? La pitié ? L'impression de me revoir ? Une spontanéité inexpliquée et inexpliquable ? Quoiqu'il en soit, J'ai pensé de nombreuses fois que ma vie prenait un nouveau départ.
Lorsque j'ai trouvé une nouvelle famille. Lorsque j'ai assouvi ma vengeance. Lorsque j'ai été envoyé dans le Nouveau Monde. Lorsque j'ai quitté ma condition d'esclave à Esperia. Lorsque j'ai eu ma première fonction politique. Lorsque que j'ai été dirigeant de cette ville. Lorsque j'ai rencontré mes proches. Lorsque j'ai quitté cette île. Lorsque j'ai été soigné de mes maux. Mais je me trompais. Ces événements n'ont jamais été des nouveaux départs, mais des déclencheurs, des impulsions vers la suite de ma vie. Des leviers que j'ai pu utiliser.
Mais je me dois de revenir sur la soirée d'hier cher journal.

Il est tard, beaucoup trop tard et le soleil est déjà couché depuis longtemps. Même une ville aussi chaleureuse et lumineuse que Carrogia a un côté obscur. Cette nuit encore la lune est belle et brillante, même si elle a perdu de sa rondeur.
Un peu d'alcool partagé au coin d'une rue avec des inconnus, puis me voilà à traîner sur les quais du port. Je me suis retrouvé dans une vieille taverne réputée pour ces jeux clandestins. Je ne sais même plus si j'ai perdu ou gagné des pièces ce soir là. J'ai erré sans trop savoir où aller dans la ville, avant de me retrouver dans le quartier Qadjaride, attiré par son activité nocturne, mais sans réel but ni intérêt à me trouver ici.
Mes pas m'ont mené jusqu'ici, me faisant transporté par la fatigue, l'alcool et le hasard. Je me retrouve à flâner dans le côté rejeté de cette ville, celui qui nous offre un second visage de la vie de la cité, un visage qui n'apparaît qu'à la clarté de la lune.
Et même après tout ce temps, je n'ai pas oublié la moindre impasse de cette ville, ni la moindre ruelle. Et je n'oublierais jamais la ruelle que j'empruntais ce soir là.

Alors que je m'engage dans la petite allée, je vois une ombre qui me suis, furtivement tout au long de ma route. Je ne connais que trop quel genre de personne est en train de me suivre à la trace, en ayant été un moi-même. Les petits pas du fouilleur de poches se font de plus en plus rapides et légers. Alors qu'il est prêt à passer à l'action, je met ma bourse en évidence, comme pour l’appâter.
Mon bâton est prêt à être placé dans la course du petit voleur, qui vient s'étaler quelques mètres plus loin. Le sale gosse avait tout prévu et avait couvert son visage. J'attrape le mioche et le découvre...
Une fille. Une petite gamine blonde platine et des yeux étrangement gris et d'une profondeur qui m'a semblé infinie. La gamine soutient mon regard, sans broncher, mais n'essaye pas de se débattre, et encore moins d'appeler à l'aide. Elle me fixe et garde un air sérieux. À la seconde où elle a les pieds au sol, elle s'enfuit.
Et me voilà à lui courir après pour une raison que je ne saurais expliqué, à moitié imbibé par l'alcool. Elle croit pouvoir me semer dans ces petites rues, mais elle se trompe. Un petit raccourci qu'elle ne connaissait visiblement pas me permet de la rattraper sans problème. Encore une fois, elle reste silencieuse et son regard ne flanche.

Je m'occupe de sa petit main blessée et lui donne quelques pièces sans un mot. Lorsque je la lâche une seconde fois, elle ne fuit pas, observant les pièces dans la paume de sa main avec intérêt. Je reprend alors la route vers mon auberge, pour me rendre compte que la gamine me suit toujours. Malgré mes remarques répétées pour lui signifier que je sais qu'elle est là, elle persiste. Alors que j'arrive devant la porte de mon auberge, je salue l'enfant de la main, alors qu'elle m'observe depuis l'autre côté de la rue, à moitié cachée derrière un tonneau.

La nuit est longue, pénible et tourmentée. Je dors à peine, repensant à ces grands yeux gris qui me fixent sans ciller, ils occupent mon esprit maintenu inexplicablement éveillé.
La matinée vient et l'heure du départ sonne. Le levé est difficile mais je sais que l'aventure m'attend. Un marchand accepte de me mener jusqu'à Indubal. Alors que je m'apprête à partir, les hurlements de l'aubergiste m'interpellent. Ce dernier est en train de molester la petite voleuse d'hier, qui attend devant l'auberge sans broncher, malgré les coups de l'homme en colère. Elle encaisse sans broncher, alors que l'aubergiste l'accuse de faire fuir la clientèle. Nos regards se croisent à nouveau et une compréhension mutuelle instantanée se créée. Je lui fais signe de venir, et elle s'approche en trottinant aussitôt, avant de me suivre jusqu'au convoi. Le marchand m'explique qu'il faudra payer un supplément pour ma fille.
La gamine tend instantanément et sans une once d'hésitation les quelques pièces que je lui avait donné hier et qu'elle avait précieusement gardé en mains sans jamais la desserrer.

Me voilà donc sur la charrette d'un convoi marchand en direction d'Indubal avec une petite fille dormant la tête sur mes genoux. Tout ce que je sais d'elle, c'est son nom. Célia. Mais je pense que j'aurais le temps d'en apprendre bien plus sur cet enfant. Le temps... nous en aurons plein...

Indubal (26 juillet 515)

Je te laisse juste un petit mesage pour te annoncer ma victoire le vieux ! ça m'aura pri dés mois pour parvenir à te prendre ce sale carnet sans que tu te rends compte, et maintenant que ces fait, tu me dois un repas comme promit, et je te ledis, tu va passé a la caisse ! mais comme je suis trop gentille, ces toi qui choisi l'auberge.

Je t'avais di que je pouvais reusir a te voler ton machin et que j'été meilleure que toi en discraission.
jai un peu tout lu, ces comme si on voyagait, mais des fois cetait un peu annuyant tes histoires.

Puisqu j'ai enfin réussi à te piquer ce truc, autant que j'en profite, surtout maintenant que tu m'appri à écrire.
C'est pas facile, mais j'apprend vite et je pourrais te le reprendre pour t'écrire plein de truc quan je serai plus grande !
Laisse moi te dire que je suis comme meme déçue le vieux. Je pensais que tu dirais plus de truc sur moi et à quelle point je suis géniale et que je suis la meilleure. tas juste mis notre rencontre espesse de fénéant !
Tu fais que parler de tes os et tes douleur de vieux et de trucs chiants. Quand jai vu que tu parlai de caillous au début, jai laissé tombé, ça mavait l'air horrible !

Trop occupé a cherché des caillous dans les montagnes pour pourvoir ecrire peut etre ? tu es vraiment un flemar.
Heuresemen qu'on va à Indubal pour vendre tes pierres de temp en temp sinon ça serai horrible ! C'est marant le minage mais sa va faire des mois qu'on est ici à rien faire. Tu trouve pas quon a fait assez de "prosspaiction" comme tu dit ? On a ranflouer les caisses comme tu dit. en plus on a toujour la pierre bizarre. Tavait dit que tu devais l'apporter à des ami de la CAPITALE. quand on y va ? tu mavait promi.

Si tu veu pas, je vais faire de ta vie un enfer. Tu va plus beaucoup dormir le vieux. Tu sais de quoi je peux capable, alor fais atention !
mintenant, je dois remettre le carnet dans tes afaires discret, et faire mes exercice pendant que tu tapes (encor) des caillous, sinon tu va encore pas etre conten.

Signé, l'espiègle Célia