Contes et légendes pour petits et grands

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Cet écrit a été rédigé par Anteli, et se trouve sur la nouvelle Esperia.


La bête affamée

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Une bête vivant près de la Ligne de la Paix se perdit un jour dans les Monts. Son estomac criait famine, et elle était si pâle, ainsi mal nourrie, qu’elle passait inaperçue aux yeux de tous sur la neige blanche malgré sa haute taille, son pelage hirsute et ses crocs pointus.

Attirée par la bonne odeur de palokinas en train de cuire, elle arriva à une maison. Comme elle regardait à la fenêtre, elle entendit les parents dire à un enfant : “Cesse de pleurer, ou je te jette aux bestiférés : ils te dévoreront tout cru !”


Croyant qu’ils pensaient vraiment ce qu’ils disaient, la bête se lécha les babines : enfin, elle pourrait se régaler d’un méchant petit enfant. Elle décida d’attendre sous la fenêtre.

Le soir venu, alors qu’elle se demandait quand viendrait le repas promis, la bête entendit les parents rassurer l’enfant qui devait aller au lit : “Si les vils bestiférés viennent, ils ne t’auront pas, mon petit : nous les tuerons !”

La bête se leva, dégoûtée, et s’éloigna en se disant : “Vraiment, les humains, on ne peut croire un mot de ce qu’ils disent !”

Le prophète et ses Compagnons

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Il était une fois, dans un monde rongé par la guerre et la méchanceté, un jeune gardien de chèvres nommé Alistaar. Un jour qu’il cherchait une des bêtes qui s’était échappée, il se perdit. Cherchant le point le plus haut pour se repérer, il monta et monta encore, tant et si bien qu’il gravit le mont adaar jusqu’à atteindre un promontoire entouré de brume.

Alistaar était à bout de forces et désespéré. Dans la brume lui apparut une grotte où il trouva refuge. Dedans, une source d’eau l’attira, car il avait très soif. Un trou dans le plafond de la cavité laissait passer la lueur de la lune, et, dans le reflet de l’eau, Alistaar eut sa révélation. Il sut soudain qu’il lui fallait mettre un terme aux guerres incessantes et à la méchanceté des gens.

Gardant avec lui un peu de l’eau de la grotte, Alistaar redescendit de la montagne pour accomplir sa mission. Alors qu’il priait le nom d’Arbitrio et enseignait la paix, l’amour et la Communauté, on le prit d’abord pour un fou. Alors, voyant une femme aux portes de la mort, accablée par une forte fièvre, il lui donna l’eau de la grotte et la sauva.

Suite à ce miracle, des gens commencèrent à croire en sa vision. À Golvandaar, alors appelé Castel-Roc, le peuple faisait la queue pour assister aux leçons qu’il dispensait. Il s’entoura de Compagnons, les plus fervents des fidèles.


D’abord, il y eut Alykas. Il était un mendiant, vivant de la rare bonté des gens d’alors. Un jour qu’il avait obtenu un nakkileipa et s'apprêtait à le déguster, Alistaar vint et lui demanda :

- Mendiant, j’ai faim. Me donnerais-tu la moitié de son nakkileipa ?

Alors Alykas, lui tendant la précieuse nourriture, lui dit en souriant :

- Mange-le entier, toi qui as faim. Je me repaîtrai de ta satisfaction.

Alistaar prit le nakkileipa, versa un peu d’eau de la grotte dessus, et celui-ci se transforma en un appétissant festin. Il dit :

- Tu n’avais presque rien, et tu as tout donné. À présent, prend, car Arbitrio reconnaîtra ta valeur, et moi aussi.

De ce jour, Alykas devint un Compagnon d’Alistaar et diffusa au monde la parole du prophète, le servant sans jamais oublier de se montrer généreux.


Ensuite, il y eut Banson. Il était un soldat qui évitait autant que possible de prendre les armes, préférant parlementer avec ses ennemis malgré son habileté au combat. Un jour, il croisa Alistaar, qu’il ne connaissait pas, et le vit essayer de raisonner dix brutes si bestiales que leurs dents étaient devenues crocs et leurs ongles étaient devenus griffes. Il s’approcha et dit :

- Pourquoi ne laissez-vous pas cet homme en paix ?

Les brutes le regardèrent et lui rirent au nez. Comme malgré les sages paroles d’Alistaar et la demande légitime de Banson elles s’attaquèrent à eux, le soldat dégaina son épée et les défit sans cruauté ni déchaînement de violence excessive. Blessé au cours du combat, Banson se tourna vers le prophète et, sans s’occuper de ses propres blessures, lui demanda :

- Allez-vous bien, messire ?

Alors Alistaar versa sur ses blessures de l’eau de la grotte sacrée, et les blessures se refermèrent. Il dit : Tu as cherché la paix, et tu t’es blessé pour la protéger. À présent, sois guéri, car Arbitrio reconnaîtra ta valeur, et moi aussi. De ce jour, Banson devint un Compagnon d’Alistaar et diffusa au monde la parole du prophète, le servant sans jamais oublier de chercher à préserver la paix.


Et puis il y eut Mielikki. Elle était une apothicaire qui traitait tous ses patients comme sa propre famille. Un jour, Alistaar, se faisant passer pour malade, vint à elle. En entrant dans sa boutique toute en rond, il regarda autour de lui et vit au nord, au sud, à l’est et à l’ouest des pancartes louant la paix, le partage, l’amour et la proximité. Mielikki l’accueillit ainsi :

- Entrez, vous qui chérissez la vie, et soyez ici comme chez vous.

La femme lui souriait avec sincérité. Pourtant, elle était maigre et visiblement fatiguée : de toute évidence, l’apothicaire luttait contre une maladie. Alors Alistaar lui fit boire l’eau de la grotte et lui dit :

- Tu as toujours traité les autres avec bonté, les soignant alors que tu souffrais toi-même. À présent, sois en bonne santé, car Arbitrio reconnaîtra ta valeur, et moi aussi.

De ce jour, Mielikki devint une Compagnon d’Alistaar et diffusa au monde la parole du prophète, le servant sans jamais oublier d’aimer et de servir la Communauté.


Beaucoup d’autres connurent la bonté d’Alistaar et comprirent la sagesse de ses paroles. Peu à peu, aidé de ses Compagnons, le prophète mit fin aux guerres et à la méchanceté, et, comme il menait autrefois les chèvres paître, il guida ses fidèles vers l’Adaar.

Le prince et la chevalière

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Il était une fois une brave chevalière adaarionne du nom d’Ontila. Un jour, sur son cheval blanc, elle traversa une petite cité eyjarska toute bardée de couleurs et habituellement vibrante de vie et de joie. Cependant, depuis peu, les habitants vivaient dans la peur, car une horrible bête, si haute et si large que certains la comparaient à une montagne, terrorisait les environs, et chaque jour, elle réclamait une personne à dévorer, sans quoi elle attaquerait la cité.

Lorsqu’Ontila arriva sur la grand place, elle fut prise dans l’immense foule qui s’était rassemblée là : comme tous les jours, un tirage au sort désignerait la personne à offrir à la bête. Soudain, ce fut comme le lever du jour : la chevalière vit une haute silhouette gracieuse, le profil d’un eyjarska tatoué à la longue chevelure tressée.

Hypnotisée par la beauté de l’homme, Ontila n’entendit d’abord pas le murmure de la foule, ne revenant à elle que lorsque les chuchotements outrés laissèrent place au brouhaha : le bel homme était désigné pour mourir aujourd’hui. Cela fit grand bruit, car Jarok, de son nom, était le fils bien-aimé de la reine.

Tombant en amour devant le condamné, la chevalière Ontila n’écouta que son cœur. Elle ne désirait plus qu’une chose : sauver son aimé. Ni une ni deux, elle fit volte-face et mena son cheval blanc vers la forêt afin d’y trouver la bête.

Ce fut après de longues heures de chevauchée qu’elle se trouva devant le monstre. Se tenant fièrement, épée à la main, l’adaarionne lui somma de cesser de terroriser la région ; et comme la bête refusait, la chevalière n’eut d’autre choix que de combattre la créature du chaos.

Le monstre avait sous-estimé la détermination d’Ontila, et se fit couper proprement la tête. L’adaarionne la traîna jusqu’à la cité et, montrant fièrement sa victoire, elle se présenta au prince Jarok. Celui-ci, tombé sous le charme guerrier de la chevalière, la demanda en épousaille et lui offrit un beau baiser baveux.

Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants.

Agnès et Boniface

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Il était une fois, dans les faubourgs de la Capitale, une jeune femme du nom d’Agnès, aussi laide qu’intelligente. Elle avait la pensée vive et savait parler avec esprit, mais elle était fort mal faite de sa personne. Son dos était bossu, ses pieds étaient bots, son vilain visage était si disgracieux que même les plus brutes des capitalins détournaient le regard afin de ne pas avoir à supporter la vision déformée de ses traits.

Alors qu’elle désespérait d’un jour parvenir à plaire, Agnès se souvint, au travers de son impressionnante mémoire qui renfermait tant de trésors de savoir, de la légende de Boniface. Une nuit, elle se rendit au lavoir et, voyant le reflet de la lune sur la surface de l’eau, elle l’appela.

La vilaine femme, ne voyant rien se passer, pesta contre sa crédulité, pensant s’être faite avoir, malgré son intelligence, par un vulgaire conte pour enfants. Pourtant, quand elle se tourna pour rentrer chez elle, une silhouette s’approcha d’elle. C’était un homme d’âge moyen, correctement vêtu, et il lui parla d’une voix si douce qu’elle n’en crut pas ses oreilles.

- Bien le bonsoir, gente damoiselle. Vous m’appeliez, je crois ? Que peut donc Boniface Abordeire pour votre plaisir ?

- Ô, puissant Boniface ; voyez comme je suis laide, et j’en souffre chaque jour qui passe. On dit que vous exaucez les vœux : je vous en prie, rendez-moi belle.

- Mais certainement, je vous rendrai plus charmante que les plus belles femmes que vous ayez jamais vu ! Seulement, en contrepartie, vous m’offrirez votre intelligence.

Bien embêtée par cette requête, Agnès demanda un temps de réflexion. Alors, durant des jours et des nuits, les rouages de son esprit tournèrent encore et encore. Finalement, elle retourna au lavoir, et appela de nouveau le nom de Boniface à la surface de l’eau.

- Ô, majestueux Boniface ! Je viens à vous pour conclure notre pacte. Rendez-moi belle, et vous aurez mon intelligence.

L’homme apparut et la changea, redressant son dos et ses pieds tordus, réorganisant son visage, rendant ses cheveux brillants comme de l’or et sa peau douce comme de la soie. Quand vint le moment de récupérer son dû, il se vit offrir un petit livre tout simple et, curieux, l’ouvrit. Dedans, toutes les pages étaient vierges.

- Qu’est-ce donc, dit-il, que cette manigance ?

- Mon esprit me permet de lire le contenu de ces pages. J’y vois le bois qu’elles ont été, le papier qu’elles sont et le savoir qu’elles renfermeront.

Impressionné par son esprit, Boniface ne put que s’incliner et, pour la récompenser de son intelligence, il lui offrit la fortune. Alors Agnès, désormais belle et riche en plus d’être intelligente, le remercia et vécut une vie longue et heureuse.

Les deux amis de la Dione

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Il était une fois deux amis qui traversaient le désert au nord de la Dione. Ils se connaissaient depuis longtemps, et voyageaient ensemble de par le monde.

Un jour qu’ils marchaient dans le sable et le vent, ils débattirent pour passer l’ennui de cette longue marche et, en profond désaccord, l’un des deux amis frappa l’autre. Alors, celui qui fut frappé écrivit dans le sable : “Mon ami m’a frappé”.

Plus tard, ils entendirent un barissement terrifiant et se retrouvèrent face à un fovomastodonte du Roment qui avait dû se perdre. Paniquée, la bête fonça sur l’un des hommes, et l’autre le tira sur le côté afin de le sauver. Le fovo s’en alla et alors, l’ami qui avait été sauvé, qui était le même que celui qui avait été frappé, grava sur une pierre : “Mon ami m’a sauvé la vie”.

Interrogé par son comparse, l’homme lui expliqua :

- J’ai écrit l’offense dans le sable, car entre amis, une dispute doit être balayée par le vent. J’ai gravé le sauvetage dans la roche, car entre amis, les faveurs ne doivent jamais être oubliées.

Les trois vérités du moine

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Il était une fois un vieux moine tout ridé en bure humble dans un pays en guerre. Un jour, sa ville se fit attaquer, et il se fit capturer par un soldat cruel qui s'apprêtait à le tuer. Le moine dit alors :

- Soldat ! Je ne suis pas ton ennemi, je ne suis qu’un vieux moine tout ridé en bure humble. Laisse-moi la vie sauve et je te révèlerai trois vérités qui changeront ta vie.

- Comment te croirai-je ? répliqua le soldat. Ce n’est qu’une ruse, un mensonge éhonté de ta part, pour avoir la vie sauve ! - Certes pas ! jura le moine. Je t’assure : je te dirai la première vérité alors que je serai encore auprès de toi ; la deuxième une fois que je serai monté sur un navire, et la dernière alors que le bateau s’éloignera de la rive.

Le soldat jugea le marché équitable. Après tout, tuer un moine tâcherait son arbeta plus encore qu’il ne l’était déjà.

- C’est d’accord. Fais-moi entendre ta première vérité.

- Si tu perds quelque chose, lui dit le moine, tu ne dois jamais le regretter, car la vie doit aller de l’avant, et non s’encombrer du passé. Que demain ne soit pas l’otage d’hier, car vivre dans la nostalgie du passé, c’est oublier le présent et se fermer les portes du futur.

Le soldat réfléchit, et trouva qu’il s’agissait d’une bien belle vérité. Beaucoup de gens ne cessent de ressasser le passé ; et lui aussi, d’ailleurs. Il tint donc parole et laissa le moine monter à bord d’un navire.

- Si l’on te raconte quelque chose d’absurde ou d’invraisemblable, lui cria le moine, refuse toujours de le croire, à moins qu’on ne t’en donne une preuve éclatante. Fais confiance mais vérifie par toi-même et multiplie tes sources.

Le soldat réfléchit, et trouva qu’il s’agissait d’une bien belle vérité. Beaucoup de gens ne prennent pas le temps de réfuter, de vérifier et d’argumenter. Alors il laissa le moine larguer les amarres et, alors que celui-ci s’éloignait de la rive sur son navire, il se mit à rire et se moquer du soldat.

- Comme tu es bête et comme je t’ai bien eu ! Sache qu’il y a dans ma bourse un diamant de la taille d’un poing. Si tu m’avais tué, tu serais riche, mais tu m’as laissé partir !

Fou de rage, le soldat s’en arracha les cheveux en regrettant de ne pas avoir tué le moine. Puis il lui dit :

- Je le savais, je le savais ! Tu vois, la vie n’est qu’un mensonge. Mais au moins, tu as la vie sauve, en contrepartie, révèle-moi au moins la troisième vérité !

- Pour quoi faire, lui répliqua le moine, puisque tu n’es qu’un idiot qui ne met pas en pratique ce que je viens de te dire ? Je t’avais dit de ne jamais rien regretter, et tu regrettes déjà de m’avoir libéré. Je t’avais dit de ne rien croire d’invraisemblable, et tu as cru qu’un vieux moine tout ridé en bure humble comme moi possède un si gros joyaux. Pauvre fou ! Mais voici tout de même la troisième vérité, qui te concerne plus que tout autre : la convoitise, la cupidité, la jalousie aveugle le cœur des Hommes et ce sont par elles que vous êtes tous abusés.

Sur ces belles paroles, le moine s’éloigna sur son navire et le soldat ne le revit plus jamais.

Fille de reine, fille de fermier

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La grande reine Agnès II Ordain et un pauvre fermier aonites avaient chacun une fille. La reine monta avec sa fille en haut d’une montagne du massif du Ran, lui montra avec fierté le paysage - on voyait jusqu’à la Capitale - et lui dit avec engouement :

- Vois, ma fille ! Un jour, toutes ces terres seront tiennes, le jour de ta succession !

La fille ressentit alors une grande exaltation, une ivresse de puissance, un bonheur intense. Mais tandis qu’elle redescendait doucement de la montagne, sa joie fut perturbée par des pensées de peurs, de craintes : et si sa mère changeait d’avis et offrait le trône à son frère bâtard ? Et si des intrigants prenaient le pouvoir ? Et si Agnès II disparaissait le lendemain, sans avoir eu le temps de lui transmettre tout ce qu’il lui faudrait savoir ? Et si… ?


Le pauvre fermier monta avec sa fille sur le même versant de la même montagne, le lendemain. Il lui montra l’exact même paysage et lui dit avec amour :

- Vois, ma fille ! Un jour, tous ces souvenirs seront dans ton cœur.

La fille resta là, attentive aux sons, aux odeurs, aux couleurs, aux images, et s’imprégna de la majesté du monde, le cœur empli d’une joie pérenne.


Nul besoin de grandeur et de richesse, quand on est déjà grand et riche de l’amour de nos proches.

Par Anteli Hiiri
Novice vakooja d’Esperia
Pour Orion et Nyma Silfur

Trivia

Images générée avec Gemini et retravaillées par Sylnor.
Contes largement inspirés de contes populaires, réécrits à la sauce Esperia.
Mise en page inspirée de Sept Histoires et Chansons d'Esperia.